Rêverie
de Golo Zhao

critiqué par Blue Boy, le 22 septembre 2019
(Saint-Denis - - ans)


La note:  étoiles
Paris est une ombre chinoise
Depuis toujours, Paris fait rêver le monde et inspire les artistes. Capitale de l’amour selon certains, elle sait se donner mais elle peut aussi déconcerter voire se refuser… Sous une apparence un peu lisse au départ, Golo Zhao parvient pourtant à sortir des sentiers battus en mêlant à son portrait de Paname ses propres peurs et angoisses, dans un parti pris fantastico-poétique où fureur et tourbillon des sentiments ne sont pas exclus…

Le titre, emprunté à une œuvre de Claude Debussy, est on ne peut mieux choisi pour ce manhua, jolie balade poétique dans un Paris fantasmé depuis l’Empire du milieu. Pour sa deuxième bande dessinée publiée chez Casterman, le chinois Golo Zhao nous présente la ville lumière sous une perspective atypique, s’autorisant tous les délires pour une évocation entre rêve et réalité, peu évidente à résumer il faut bien le dire. Ainsi, on passe d’une séquence quasi-hallucinatoire dans laquelle une jeune femme est touchée par une étrange maladie contagieuse qui provoque des trous dans la peau, à la rencontre inopinée d’un étudiant avec le Debussy précité et Edward Hopper (francophile certes, mais plus connu pour ses toiles décrivant l’Amérique), en passant par une échappée dans la science-fiction, un voyage immobile à travers les âges avec un clin d’œil à « 2001 l’Odyssée de l’espace ».

« Rêverie » est une œuvre à la fois légère et dense, entre douceur et violence, où l’on perçoit la nostalgie d’un Paname façon Amélie Poulain, ainsi qu’une angoisse sourde liée à l’avenir du monde et à notre finitude en général. Avec toujours en toile de fond l’environnement parisien, son métro et ses célèbres stations au design Guimard, que l’auteur se plaît à représenter de son trait semi-réaliste capable de basculer dans une transe des plus abstraites. Une belle découverte et une lecture idéale au creux de l’été, à déguster bien sûr sur une musique de Debussy…