Poussière, tome 1
de Geoffroy Monde

critiqué par Blue Boy, le 22 septembre 2019
(Saint-Denis - - ans)


La note:  étoiles
La SF dépoussiérée
Dans un monde aux accents médiévalo-futuristes ressemblant étrangement au nôtre, un dérèglement d’origine inconnue est survenu sur la planète Alta. Depuis deux ans, les cyclopes se mettent à attaquer la population, accompagnés de terribles cataclysmes. De plus, les attaques redoublent d’intensité depuis l’apparition d’un mystérieux « homme noir », ce qui complique la tâche des Augures, chargés de prévoir les catastrophes…

Après De rien, son premier album atypique composé d’histoires courtes déjantées dans l’esprit de Fluide Glacial, Geoffroy Monde aborde un registre radicalement différent, la science-fiction. Et c’est avec une série, intitulée Poussière, dont le deuxième tome vient de paraître, que l’auteur s’essaye à déployer tout son imaginaire hors-normes. Si ce dernier cherche à élargir sa palette, c’est tout à son honneur, même si cela peut dérouter ceux qui s’attendaient à quelque chose de plus proche dudit ouvrage, qui traduisait un goût prononcé pour l’humour absurde et le non-sens. Non, ici on est dans le sérieux, avec pour thème dominant l’écologie, un sujet devenu très prégnant en ce début de siècle. Et c’est via une aventure impressionnante dans un monde fictif que Monde a choisi de l’aborder. Pour autant, on peut ne pas être convaincu…

Les premières pages du tome 1 introductif intriguent au plus haut point, il est vrai. Ne serait-ce que par les effets graphiques étonnants utilisés (et là on retrouve tout à fait la patte de l’auteur, qui se définit également comme « peintre numérique »), notamment pour la représentation des Cyclopes, dont la dangerosité croît à chacune de leurs attaques. Ces entités géantes évanescentes apparaissent comme des créatures aux contours imprécis, tels des assemblages de figures géométriques contrastant avec la ligne claire dominante aux accents manga. Là où le bât blesse, c’est que ces contours imprécis semblent avoir impacté le scénario, qui peine à nous embarquer vraiment malgré une originalité évidente. S’il est tout à fait louable de vouloir s’affranchir de l’académisme généralisé qui obère la grande majorité des séries de bande dessinée, encore faut-il savoir vers quoi on va… Ce tome, qui fait la part belle au spectaculaire, se contente de montrer tout en faisant du surplace, avec trop de circonvolutions scénaristiques et une – trop – longue scène d’action explosive, trop de dialogues oiseux (avec un humour qui est loin de fonctionner aussi bien qu’avec De rien), trop de personnages dont aucun n’est marquant ni attachant, trop de métaphores et d’étrangeté peut-être… Comme si Geoffroy Monde, à force de trop vouloir ménager ses effets (hormis ceux graphiques), avait cédé à la dispersion et échoué à rentrer dans le vif du sujet, prenant le risque de perdre une partie de ses lecteurs en route.