Les guerres intérieures de Valérie Tong Cuong

Les guerres intérieures de Valérie Tong Cuong

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Nathavh, le 16 septembre 2019 (Inscrite le 22 novembre 2016, 55 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 710ème position).
Visites : 982 

Gros coup de coeur

Attention coup de coeur de la rentrée ????

Pax Monnier est un acteur de seconde zone mais tout peut changer car il vient de recevoir le coup de fil qu'il n'attendait plus. Un grand réalisateur, Peter Sveberg veut le voir pour lui proposer un rôle dans une heure top chrono !

Juste le temps de rentrer chez lui se changer pour arriver à l'heure au rendez-vous qui pourrait changer sa vie.

Rentré chez lui, il entend un cri, des bruits de lutte dans l'appartement du dessus , il hésite à aller voir ce qui se passe, concentré, conditionné par son important rendez-vous. Il s'en va à 16h36 croisant un homme dans l'escalier.

De retour de son audition, il apprend qu'un jeune homme, Alexis Winckler, son voisin, a été violemment tabassé, grièvement blessé, dans le coma.

Une culpabilité le ronge, témoigner ou pas ? Il sera interrogé pourtant et dira qu'il n'a rien entendu de particulier, qu'il n'était pas présent à cette heure-là. Qu'est-ce que cela aurait changé, il n'a rien vu.

Il décide de déménager.

Emi Shimizu est ce qu'on appelle une "half" , elle a les traits asiatiques et est de culture française. elle se sent étrangère où qu'elle vive. Elle travaille aux ressources humaines d'une société de déménagement. Elle est sous pression depuis les deux décès par accident survenus dans son entreprise. Emi souhaiterait organiser une formation aux risques psychosociaux.

C'est dans ce cadre qu'elle rencontre Pax Monnier. L'alchimie se fera et une relation commencera, très vite elle lui parlera de son fils Alexis - il apprendra que celui-ci a perdu la vue de son oeil droit suite à une agression à domicile, mettant fin à son rêve de devenir pilote. Si on était intervenu plus vite, sa vie aurait été tout autre...

Douche froide pour Monnier qui déjà était hanté par cette histoire, sa culpabilité est décuplée, il va devoir vivre avec.

Alexis est terrorisé, il ne veut plus voir personne, ne se souvenant pas de son agresseur. Il le voit partout. Ses rêves se sont écroulés. Pax va essayer de l'aider mais est enfermé dans ce sentiment de culpabilité..

Au départ de cette situation, Valérie Tong Cuong nous décrit à merveille la psychologie de chacun des personnages. Elle nous parle des lâchetés ordinaires. De ces petites choses qui nous concernent tous, qui de nous n'en a jamais été acteur ? Nous sommes tous concernés mais le sentiment de culpabilité ne nous ronge que lorsque nous nous rendons compte des conséquences que peuvent avoir ou non nos actes ou notre inertie.

La plume est fluide, captive, sensible, elle nous conduit au plus profond de nous-mêmes face à la prise de conscience de nos actes. Elle nous fait ressentir les culpabilités et émotions de chacun. Le récit est remarquable, on est suspendu et surpris jusqu'au terme.

C'est humain, magnifique, un véritable coup de coeur de cette rentrée.

Ma note : ♥♥♥♥♥


Merci à NetGalley et JC Lattès pour cette belle découverte.

Les jolies phrases

Vivre est un risque.

Ce qui me fascine c'est la précarité de l'intermittence qui vont de pair.

Il est apparu dans des productions complaisantes et s'est gâché, oubliant que c'est le rôle qui révèle le talent et non le talent qui fait la force du rôle. Il a négligé l'importance du désir, qui requiert une combinaison fragile de rareté, de qualité et d'exigence.

Il est la source de son énergie tout comme elle est la sienne.

Certaines traces ne disparaissent jamais tout à fait.

Le collier est serré et la laisse courte, mais le chien est méchant, et pas si bête, il mordra les maîtres avant de crever.

Elle sait construire les forteresses, les barrages, les digues, mais ignore comment libérer les trop-pleins.

Elle possédait une énergie singulière et surprenante pour un être aux racines flottantes, se laissait entamer mais jamais abattre, progressant avec l'horizon en point de mire, ralentissant parfois face aux vent ou aux murs, ajustant son trajet et ses objectifs aux aléas de l'existence. C'est ce fonctionnement unique qui l'a sauvée de l'abîme, hier comme aujourd'hui.

Une héroïne est courageuse, or elle s'estime guidée selon le cas par la peur, la nécessité, le devoir ou l'amour, mais par le courage, ça non.

Tout bien pesé, il n'était pas pire qu'un autre. Tout était question d'occasion, cette occasion équilibrerait le monstre sommeillant en chacun de nous. La lâcheté était peut-être le caractère le mieux partagé dans ce monde : chacun l'expérimentait tôt ou tard, d'une manière ou d'une autre, et s'empressait aussitôt de la dissimuler.

Il est une route traversée d'un ravin sans fond ni pont pour relier les deux rives : celle de la vie d'autrefois et celle de la vie à venir.

De surcroît, cela pourrait consolider un édifice bâti sur un trompe-l'oeil. Ainsi en va-t-il des rumeurs, plus on additionne les voix qui les chuchotent, plus le faux devient le vrai.

Or la solitude, ce sont des pensées importantes, pleines de sens, c'est la contemplation, le calme, la sagesse.

L'impossibilité de connaître la vérité. C'est ce qui les tue : savoir que cette vérité existe, mais qu'ils n'y ont pas accès.

Il y a seulement deux poids dans la balance, d'un côté la vérité brute, l'honneur et la chute, de l'autre le confort, la honte et la trahison.

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Les lâchetés ordinaires

10 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, - ans) - 25 janvier 2020

Comment vivre avec le remords de ne pas être intervenu à temps pour éviter un drame ? C'est l'interrogation centrale de ce roman plein de délicatesse, de finesse et de sensibilité que nous livre ici Valérie Tong Cuong .

Pax, pressé d'arriver à temps au rendez- vous qui va marquer un tournant décisif dans sa vie de comédien, se donne de bonnes raisons pour ne pas monter voir ce qui se passe dans l'appartement du dessus où résonnent des cris .
Emi, cadre d'une entreprise dans laquelle un employé a trouvé la mort dans un accident de voiture inexpliqué, n' a pas prêté attention au dernier mail troublant que celui-ci lui avait envoyé . Elle se reproche aussi d'être arrivée plus tard qu'à l'ordinaire chez son fils Alexis, le trouvant inanimé à la suite d'une agression sauvage où il a perdu un œil .
Deux êtres déjà envahis par les tourments d'une lourde responsabilité.
Mais la vie fait que l'un et l'autre deviennent amants un an plus tard, et quand Pax découvre que Alexis, le fils d'Emi, est celui qu'il avait entendu crier, la lâcheté qu'il avait ressentie le lendemain du crime devient remords et sentiment de culpabilité.

Que faire ? Avouer sa passivité, se libérer du poids de sa lâcheté, mais briser son couple ou se taire, continuer à ressasser ses souvenirs, «envahi par une honte poisseuse d'avoir fui au lieu d'agir »  
Peut-il au moins aider Alexis à vaincre les troubles anxio-dépressifs dans lesquels celui-ci est désormais plongé, le « remettre en selle » pour offrir à la femme qu'il aime « la réparation d'un fils qu'il a contribué à détruire »?

Valérie Tong Cuong met ici en scène deux protagonistes au profil intéressant.
Pax est l'image du comédien à la recherche de «  l'impérieuse nécessité du succès, de la reconnaissance et de l'amour du public », mais qui trouve grâce au coaching par le théâtre dans les entreprises un moyen de gagner sa vie.
Emi, japonaise par son père, représente « l'être flottant » dont la beauté énigmatique , l'apparence impeccable et immuable forment une armure où elle cache son désenchantement.

Si j'ai été très sensible à la réflexion menée ici sur la place et la portée des violences dans notre société, j'ai aussi apprécié de faire un petit bout de chemin avec ces personnages en quête d'une possible rédemption et dont la vie est minée par ces « lâchetés ordinaires «  aux retentissements imprévisibles.

Un roman émouvant

9 étoiles

Critique de CHALOT (, Inscrit le 5 novembre 2009, 72 ans) - 24 janvier 2020

«Les guerres intérieures »
roman de Valérie Tong Cuong
éditions JC Lattès
238 pages
août 2019

Pax est un comédien « people » qui joue dans les séries télévisées...
Va-t-il enfin pouvoir percer et tourner pour un grand film ?
Invité enfin par un grand cinéaste pour un petit rôle, il court, il « vole » et en oublie de s'intéresser au grand bruit qu'il entend dans son immeuble....
Il apprendra plus tard qu'un jeune homme a été agressé et frappé sauvagement dans un appartement voisin.... L'individu qu'il a croisé serait l'agresseur....
Sous pression, complètement obnubilé par son rendez-vous cinématographique, Pax n'a rien fait, il a passé son chemin :
« Non, vraiment, il ne pouvait avoir conscience qu'un événement grave se déroulait à l'étage supérieur. Et s'impose-t-on chez son voisin au seul motif qu'il est bruyant en plein après-midi? »
Il aurait dû s'informer, intervenir peut être. Il ne l'a pas fait, il s'en veut, pas autant le jour même que plus tard quand il en saura plus ….
Divorcé, père d'une jeune femme de 24 ans, Pax fait une rencontre exceptionnelle... L'amour est là.
Il a la chance de refaire sa vie....
Malheureusement, son silence, sa « lâcheté » le rattrape.... la vie lui fait rencontrer le jeune homme sauvagement agressé....
Que doit-il faire ? Se taire pour préserver un avenir calme et serein ou parler et avouer sa présence non loin de là et son silence.
Dans un cas comme dans l'autre, la guerre intérieure qui le mine ne le laissera pas indemne....

La « chute » c'est quand il fait son choix.....
S'agit-il de la fin ou d'une rémission ?
Ce roman écrit d'une main de maître est comme un polar, il contient un suspense qui tient le lecteur en haleine....

Jean-François Chalot

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