Les yeux rouges de Myriam Leroy

Les yeux rouges de Myriam Leroy

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Nathavh, le 9 septembre 2019 (Inscrite le 22 novembre 2016, 55 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (21 558ème position).
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les yeux rouges

Second roman de ma compatriote Myriam Leroy. Journaliste, chroniqueuse radio, célèbre dans mon pays, elle nous livre ici un récit glaçant, angoissant sur un sujet qu'elle connaît bien pour en avoir malheureusement été victime il y a quelques années, bien avant l'affaire Weinstein... le harcèlement.

"Il s'appelait Denis. Il était enchanté. Nous ne nous connaissions pas. Enfin, de toute évidence, je ne le connaissais pas; mais lui savait fort bien qui j'étais"

C'est comme ça que cela commence via un message Facebook. Plusieurs connaissances communes, elle accepte le contact, répond poliment. Et c'est parti, plus moyen de s'en faire quitte !
Denis lui raconte une partie de sa vie, de ses émotions. Il l'encense, parsème ses textes d'émoticons en tout genre ????????????????????????????????????

Elle aurait dû se méfier, cet employé de l'administration marié et père de famille a aussi une page "Denis la Menace" dans laquelle il est souvent très acerbe sur la société, ok mais ne l'est-elle pas elle-même dans ses chroniques. ????

Les messages sont de plus en plus intrusifs. Salomé, sa copine ne comprend pas pourquoi elle hésite à le virer de ses potes, à le bloquer, le bannir. De quoi a-t-elle peur ? De représailles ?

Elle se décide enfin à l'éjecter, Denis lui envoie un SMS avec son téléphone, sans rancune mais c'est bien méconnaître Denis qui s'en prend maintenant à son compagnon via des commentaires sur Twitter.

Cela devient infernal pour la narratrice, propos sexistes, racistes..

Mais pourquoi ce besoin de venir regarder les réseaux sociaux ? Un vrai phénomène qui perturbe le cours de nos vies ? C'est un véritable sujet sociétal qui est mis en avant par ce récit.

Denis n'en restera pas là, une plaie ce gars, propos injurieux, photos détournées, obscènes... la situation deviendra invivable d'autant plus que personne ne la prend au sérieux, personne ne lèvera le petit doigt pour lui venir en aide. Inefficacité de la justice, plainte classée sans suite et pire la victime est en ligne de mire et devient l'accusée.

Une atmosphère oppressante, étouffante qui nous laisse imaginer ce que ressent une victime de harcèlement. Le pire, les commentaires partagés et les like des internautes accentuant le tout.

Humiliation, isolement, sexisme et racisme sont bien mis en évidence par une écriture acerbe, cash, jeune et actuelle ponctuée du vocabulaire du web.

Un roman très contemporain qui nous décrit parfaitement la sphère du harcèlement et ses conséquences dans la sphère interne. C'est un livre violent car il met mal à l'aise, il permet vraiment à la lecture de ressentir le harcèlement.
La plume est adaptée au contexte car c'est la langue du harcèlement et du harceleur qui est retranscrite.
J'ai aimé la structure originale se basant sur les messages du harceleur et les propos de l'entourage ne reprenant jamais les propos de la narratrice, seulement dans la dernière partie sous forme de nouvelles. Une partie très forte que j'ai particulièrement appréciée.
J'ai commencé la lecture en début de soirée et n'ai pu le poser qu'arrivée au terme, c'est haletant, on veut connaître l'issue.

Ma note : 8.5/10

Les jolies phrases

Comme disait Guitry, il était inutile de vouloir se venger d'une femme puisque le temps le ferait tout seul.

Un homme n'était pas une femme et une femme n'était pas un homme, n'en déplaise aux excentriques de la non-binarité. C'était ainsi depuis que le monde était monde et ce n'était pas parce que quelques excitées souhaitaient absolument s'inscrire à la marge de leur assignation de genre que son avis sur la question allait changer.
Hommes et femmes, nous étions les deux pôles d'une même mappemonde : nous habitions la même planète mais nous évoluions sous d'autres latitudes. Et c'était cela, justement, qui faisait la relation de couple si fascinante.
Il suffisait que je n'aille pas voir ce que ce con écrivait, que je bloque ou mieux, que je me barre de Facebook, Twitter et Cie. Parce que de toute façon, qu'est-ce que ça m'apportait tous ces trucs à part du stress, de la perte de temps, et un contact permanent avec la lie de l'humanité ?

Ces gens n'existaient que par la visibilité que nous leur donnions. Au fond c'était nous les médias, qui les avions créés. Si nous les laissions hurler dans leur coin sans leur prêter attention, ça ferait longtemps qu'ils seraient à court d'air, il me le garantissait.

De toute manière, la plus élémentaire des prudences semblait échapper à cette génération. C'était un peu comme si le fait d'être né et d'avoir grandi avec Internet où se commettaient les pires outrances avait brouillé les balises entre les conduites marginales et celles autorisées, comme si ces gosses naviguaient à vue dans le flou le plus complet : ce qui était bien, ce qui était mal, ce qui était tordu ? Ils ne se posaient même plus la question et réfléchissaient - quand ils réfléchissaient - après avoir réagi.
Ce type dépourvu de charisme, au physique banal si ce n'était le déguisement décrit plus haut, avait débarqué dans ma vie un beau jour et patiemment creusé ses galeries, tel un rat taupier, jusqu'à la mener à l'effondrement.

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Chronique d'un harcèlement

6 étoiles

Critique de Pascale Ew. (, Inscrite le 8 septembre 2006, 52 ans) - 12 mars 2020

La narratrice, journaliste, est abordée par un homme sur Facebook. Elle accepte qu’ils soient « amis », mais ne réagit pas à ses invitations de rencontre. Alors, de flatteur, il passe, vexé, à grossier insultant et il monte sa petite communauté contre elle. Les choses s’enveniment. La narratrice en vient même à développer des pathologies physiques (dont les yeux infectés) et psychologiques. Finalement, le manipulateur pervers se la joue victime et inverse les rôles.
Le lecteur a du mal à comprendre comment cette femme a pu se laisser engluer dans ces manœuvres. La narratrice explique bien qu’elle a peur des hommes, a subi des expériences traumatisantes et est le fruit de son éducation, mais bon… Peut-être est-ce le style qui m’a empêché de m’identifier ?
En effet, je n’ai pas aimé le style d’écriture : la narratrice transforme tous les écrits et paroles de ses interlocuteurs en première personne du singulier, tout en supprimant ses répliques à elle. C’est très étrange et indigeste à lire. L’histoire n’offre ni rebondissements ni suspense. L’auteure se contente de décortiquer le processus de harcèlement, de manipulation, sur fond de polémiques générales en matière de politique, racisme, minorités et tout ce qui porte à la critique en général. Elle défend entre autres des valeurs féministes.

Cyberharcèlement : le mal du siècle

9 étoiles

Critique de Blue Cat (, Inscrite le 4 septembre 2018, 55 ans) - 26 février 2020

Voilà un roman autobiographique important, une vraie bonne surprise. Myriam Leroy, journaliste et écrivaine belge, a selon moi écrit le roman le plus réussi sur le sujet du cyberharcèlement, thème encore peu abordé par les écrivains. Ce livre ne se lâche pas, le style est vivant et vise juste, on y est, on y croit.

Le sujet : une jeune journaliste et écrivaine accepte un peu vite un certain Denis sur son Facebook. Erreur fatale, le bonhomme d'abord flatteur et décontracté, s'avère ensuite être un gros misogyne frustré, obscène, facho, raciste, haineux. En bref, un 'raté qui ne vous ratera pas'. Le cyberharcèlement peut commencer et il durera... plusieurs années.

L'auteure décrit très bien le crescendo dans l'angoisse, la non assistance de son entourage qui minimise les dégâts psychologiques que provoque sur elle cette violence insidieuse et chronique, la police qui traîne les pieds, les classements sans suite de la justice. A quoi il faut ajouter la longue liste des thérapeutes incompétents qu'elle consulte suite à une réaction psychosomatique dermatologique et oculaire inquiétante, qui la défigure douloureusement.

Ce récit anxiogène est d'utilité publique, tant il est vrai que les pouvoirs publics n'ont nullement pris la mesure de cette nouvelle violence terriblement destructrice sur le plan psychique pour les victimes. Il semble que la situation bouge un peu aux USA, où le législateur commence à prendre de sérieuses mesures. Mais en Europe... Combien faudra-t-il de suicides et de psychismes brisés pour réagir ?

On trouve sur la toile certains articles français lourdement anti-féministes (Causeur) qui osent prétendre que l'auteure 'se victimise', sur l'air détestable de : 'Au fond, elle l'a bien cherché !'
Et oui, Myriam Leroy est jeune, belle, intelligente et féministe assumée par dessus le marché. Mais de quoi se plaint-elle, celle-là ? Les bras en tombent... Encore une fois en France, pour certains, le coupable est celui qui dénonce le crime, et non le bourreau.

Quand l'on sait que l'auteure a réellement subi tout ce qui est narré dans ce roman (seuls les noms sont changés), on en frémit. Son bourreau est actuellement poursuivi par la justice belge pour ces faits.

A lire et à méditer.

Un témoignage

8 étoiles

Critique de Catinus (Liège, Inscrit le 28 février 2003, 69 ans) - 6 février 2020

Sur Facebook, Denis la menace (un pseudo) a pointé une jeune journaliste qui travaille à la radio. Il commence par des éloges, la drague un peu, l’invite à la rencontrer devant un verre ou un resto. D’abord plus ou moins amusée, la jeune femme décline tous les rendez-vous, ne répond plus à ses avances. C’est sans compter sur l’acharnement de notre homme qui, secondé par d’autres internautes de son acabit, en vient à des insultes, des humiliations, de l’acharnement tous azimuts. Autant le dire tout de suite, cela ne se terminera pas trop-trop bien pour la journaliste. Au sein de ce récit, on trouve une sorte de making-off de cette mauvaise rencontre (euphémisme !) avec ses aspects juridiques, les dommages collatéraux surtout psychologues.

Un roman qui apportera de l’eau au moulin à tous ceux et toutes celles qui refusent de se connecter sur les réseaux sociaux (on peut facilement les comprendre).

Extraits :

- Parce qu’il avait perdu sa virginité avec la grande sœur d’un pote (qui était d’accord de se taper quiconque le lui demandait poliment, comme souvent dans les villages)

- Denis avait répondu que j’étais une pauvre greluche qui méritait ce qui lui arrivait, une sombre petite catin, oui, Denis avait dit catin - how vintage –

- Je me trouvais des excuses ou des raisons en me disant, qu’au fond ça me faisait du bien de discuter avec des gens qui ne m’inspiraient rien, que ça me sortait « de ma zone de confort » et toute une série de bullshit qui ne servaient qu’à légitimer mon comportement aberrant de fille qui ne coupait pas immédiatement court à une conversation soutenue, fût-elle épistolaire, avec un type dont elle rêvait qu’il lui foute la paix.

- Cet homme me télécommandait à grande distance.

Attention les yeux....!

6 étoiles

Critique de Pacmann (Tamise, Inscrit le 2 février 2012, 55 ans) - 6 novembre 2019

Deuxième roman de la chroniqueuse Myriam Leroy, après le splendide « Ariane », ce nouveau livre plus encore autobiographique traite du caractère pervers et des dérives de Facebook et autres Twitter, qui poussent certains individus à déverser leur haine, à procéder au harcèlement sous un semblant d’anonymat ou sous le couvert de la fameuse liberté de pensée.

Ce livre qui se veut être un roman est globalement beaucoup moins réussi que le premier pour une série de raisons. Son mérite essentiel est de décrire une plaie de notre monde hyper-connecté et donc de dérives incontrôlées des pseudo informations et des réseaux (a)sociaux.

Tout abord si votre style est extrêmement nerveux, oral, voire télégraphique, ne vous attendez pas à recevoir un prix littéraire en écrivant (même partiellement) en langage SMS.

Ensuite, comme d’aucuns l’ont souligné, le caractère trop personnel de ce qui s’apparente davantage à un témoignage, un cri, une révolte face à ce phénomène qui touche sans aucun doute de nombreuses personnalités publiques, conduit l’autrice à perdre son sang-froid et nuit gravement à l’attention du lecteur qui se dit plusieurs fois, comme le compagnon de l’héroïne et un peu comme dans la réplique célèbre : « le train de tes injures roule sur le rail de mon indifférence ».

L’autrice cependant se sent professionnellement obligée de passer par ces voies de communication modernes pour exercer son métier, et donc de répliquer, au détriment de sa santé mentale et physique.

Convaincu du talent d’écrivain de Myriam Leroy, j’espère qu’elle nous reviendra rapidement avec une histoire plus structurée et moins avec ce qui s’apparente à un déversoir de propos dénonçant à la fois l’inaction de la justice, les pervers de la toile, les dérives de notre société moderne,…

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