Les choses humaines
de Karine Tuil

critiqué par Veneziano, le 13 octobre 2019
(Paris - 42 ans)


La note:  étoiles
#Balancetonporc en roman
Jean Farel, journaliste politique célébrissime, brille tant par sa notoriété que par son côté carnassier. Son ex-épouse tente une tentative de suicide, le jour-même où il est promu au sein de l'ordre de la Légion d'honneur, alors qu'il est menacé par son nouveau patron, peu enclin à la bienveillance envers une vedette vieillissante, de 70 ans.
Une autre tuile assombrit le tableau, qui devient le centre de l'intrigue du présent roman : son fils, Alexandre, le réel protagoniste de cet histoire, est accusé de viol, lors d'une soirée arrosée. Brillant étudiant au parcours scolaire sans faille, aux performances sportives appréciables, arborant l'arrogance de la jeunesse dorée, il intègre une grande école, comme il se doit. Tout bascule très vite, avec la garde à vue, le contrôle judiciaire, le pathos habituel de la procédure pénale éculée par les séries télévisées, mais dans son acception française, jusqu'à l'audience en assise.
Sans vous livrer le dénouement, je dois vous spécifier le but de cet ouvrage. Il retrace un climat, le besoin de responsabilisation des hommes dans leur comportement sexuel, de maîtrise de leur assurance, après l"éclosion de #Balancetonporc. Ce sujet est ici analysé, et cela s'avère nécessaire pour mieux comprendre le double phénomène, l'intérêt subit pour un problème dont il est enfin possible de parler, le mécanisme poussant à forcer le consentement de sa victime. Le roman met un peu de temps avant d'annoncer son vrai sujet, mais le premier traité sur les compétences et le jeunisme dans les médias ne reste pas vain ; celui qui s'avère être le véritable répond à une nécessité de prise de recul sur un mécanisme qui prendre la forme d'un emballement, comme il est relaté dans les réactions à l'affaire dans les réseaux sociaux. Ce livre invite donc à réfléchir à la gravité du viol et aux manières d'en parler. C'est utile, intéressant et pratiqué sans fioriture ni pathos.
Roman post “Me -Too”, ou pour vingt minutes d'action 9 étoiles

En apparence, Jean et Claire Farel sont un couple médiatique, étincelant et au sommet de leur gloire.
Jean est un journaliste politique vedette qui a interviewé tous les grands de ce monde, et tous les Présidents français vivants ou morts. Sa femme Claire, de 27 ans sa cadette, est une écrivaine féministe qui fait aussi la part belle à l’actualité médiatique. Ensemble, ils ont un fils, Alexandre, brillant et arrogant étudiant de Stanford.

Cependant, ils se séparent. Jean est trop pris par sa vie professionnelle qui l’oblige à rester sur le qui-vive mais aussi par une double vie sentimentale qu’il mène avec Françoise, Claire, lassée de l’égocentrisme de Jean, part vivre avec son nouveau compagnon, Adam, un professeur juif, également marié et père de famille.

Soudain, le roman prend une autre tournure. Au cours d’une soirée arrosée, Alexandre aurait abusé de la naïve Mila, une des filles d’Adam, laquelle dépose plainte pour viol.

C’est alors l’emballement de la machine médiatique-judiciaire qui va remettre en cause les relations et les opinions des uns et des autres. La seconde partie du roman est essentiellement consacrée au procès du fils prodigue et aux débats judiciaires au cours desquels passent à la barre tous les personnages et protagonistes évoqués dans la première partie du livre.

La donne a changé depuis « Me Too », et l’autrice a parfaitement posé la dialectique, en précisant que les rapports devront évoluer et qu’il n’y a pas lieu de condamner rétroactivement ce qui est un abus de position dominante en vue d’obtenir un rapport sexuel non consenti en un viol, qui implique la force, la ruse et la violence physique.

Est-ce moins grave ? Non, mais ce n’est pas la même chose.

Cette affaire a permis aux femmes d’oser dire « non » de manière claire si le souhait n’y est pas, et cela conduira les hommes, particulièrement ceux qui détiennent une part de pouvoir, à prendre conscience que ce qui semble être un consentement un peu forcé, n’est tout simplement que de la contrainte. Certains hommes devront donc arrêter de penser que quand une femme dit « non », ce n’est pas par pudeur, mais bien l’expression d’un refus.

Ce roman, au style fluide et agréable, est d’une grande intelligence et est bâti dans la nuance. Il ne pouvait d’ailleurs être écrit que par une femme d’une grande classe qui seule pouvait légitimer un tel point de vue.

Pacmann - Tamise - 55 ans - 5 avril 2020


Au sein de la High Society parisienne 6 étoiles

Nous nous trouvons ici au cœur de la haute société parisienne contemporaine, avec sexe et drogue, couples qui se font et se défont, vies double, et personnages évoluant dans les milieux littéraires et journalistiques.

Ce bon roman aurait pu être excellent, n’était-ce le poids tout à fait considérable accordé à un procès pour viol et qui, selon moi, bouscule l’appréciation de l’ensemble de l’ouvrage.

Belle écriture et bonne analyse psy, qualités auxquelles Karine Tuil nous a déjà accoutumés avec « L’insouciance » et « L’invention de nos vies ».

Ori - Kraainem - 84 ans - 5 janvier 2020


Ma liberté s'arrête là où commence... 5 étoiles

Alexandre Farel a pour parents un père journaliste politique et animateur en fin de parcours qui tente de se maintenir à la télévision, très imbu de sa personne (narcissique, obsédé par son apparence), entretenant des relations extra-conjugales et une mère essayiste, infidèle de son côté. Alexandre sort d’une grande école et poursuit ses études aux États-Unis. Ses parents se sont séparés. Un soir, il est amené à sortir avec Mila, la fille du compagnon de sa mère. Il l’incite à boire, sort pour se droguer et pour relever un défi, lui impose une relation qu’elle n’ose pas refuser. Il sera ensuite accusé de viol.
Le procès prend la majeure partie de ce roman et est décrit dans ses moindres détails, interrogatoires…
Le tout se déroule sur fond de débat MeeToo et BalanceTonPorc. Et ce roman a le mérite d’aborder ce débat et pose également la question de la limite entre consentement et refus, mais je n’ai pas aimé le thème du viol. Comme délassement, on fait mieux ! Les personnages sont tout sauf attrayants, plutôt répugnants : père égocentrique, fils incapable d’empathie…

Pascale Ew. - - 52 ans - 2 décembre 2019