Une bête au paradis de Cécile Coulon

Une bête au paradis de Cécile Coulon

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Peche07, le 19 octobre 2019 (Inscrite le 22 février 2006, 62 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (10 356ème position).
Visites : 423 

Un bel oxymore mais....

Allez savoir pourquoi, elles sont terriblement à la mode en 2019, ces histoires rurales, taiseuses, dans une campagne rustre à souhait et remarquablement décrite par cette auteure. Cécile Coulon, allie dépouillement et poésie dans l'attaque de son roman. J'ai d'abord été séduite. Puis je suis restée sur ma faim. Misère, pathos, les ingrédients sont là, pour peu on frôle Dickens… Moins la transcendance! Les personnages sont réduits à leur statuaire: ainsi cette Blanche amoureuse et vengeresse ne m'a pas semblé bien crédible, pas plus que Louis, l'orphelin ambivalent, si pénétré de son rôle tout au long de ces 352 pages… De mon point de vue l'auteure pèche par manque d'humilité. Elle privilégie un déroulé quasi cinématographique, lequel prime sur l'état intérieur de ses personnages, les assigne au rang de figurants expressifs. Jusqu'à vouloir trop en faire dans la soue à cochons. La scène finale m'a rappelé certains romans de Sylvie Germain, pionnière dans le genre, mais portée par un imaginaire sans commune mesure, littéralement dévorée par la vie autonome de ses personnages. Je n'ai rien perçu de tel dans cet ouvrage trop maitrisé et trop construit à mon goût. Bref il faut plus qu'un bel oxymore pour écrire un roman…

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coup de coeur

10 étoiles

Critique de Nathavh (, Inscrite le 22 novembre 2016, 55 ans) - 15 janvier 2020

« Vous êtes arrivés au Paradis » indique le panneau. Est-ce le Paradis ou plutôt l’enfer depuis qu’Emilienne (la matriarche) élève Blanche 5 ans et son petit frère Gabriel, ses petits-enfants, orphelins de Marianne et Etienne disparus dans un accident de voiture?

Le Paradis, c’est la ferme, les animaux, les tâches journalières, la vie est dure tout comme Emilienne qui peut cependant aussi avoir le cœur tendre. Veuve, elle fait tourner sa ferme grâce à Louis le commis qu’elle a recueilli enfant, battu par son père, un écorché qui essaie de se trouver une place au Paradis.

Le temps passe, Blanche grandit, Alexandre est son ami à l’école, un enfant du village, fils de la femme de ménage de la mairie et d’un employé des chemins de fer. Ils ont une vie médiocre, sans artifice dans une maisonnette étriquée.
Blanche a 16 ans lorsqu’elle s’abandonne à Alexandre qui est devenu son premier amour. Cela se passe le jour de l’abattage du cochon, temps fort à la ferme, sous l’œil noir de Louis, jaloux, secrètement amoureux de Blanche.

Blanche est convaincue qu’Alexandre est l’amour de sa vie et que, comme elle, il est attaché aux terres, à leur campagne mais il ne l’entend pas comme elle et part à la ville faire des études de commerce. Il succombera aux sirènes de la ville.

Blanche est dévastée, meurtrie mais c’est une battante, une guerrière comme Emilienne, elle ne s’avoue pas vaincue, elle va se battre pour faire tourner son Paradis, avancer contre vents et marées.
Douze ans plus tard, cet équilibre enfin trouvé risque de basculer….

C’est un roman rural, noir que nous propose Cécile Coulon.

Chaque chapitre porte le nom d’un verbe, d’une action et donne le ton. « Faire mal », « protéger », « construire » … il donne le rythme..
On sent la tension monter au fil de la lecture.

Ce roman nous parle de la terre, de la vie en milieu rural, des racines, de l’attachement à la terre mais aussi d’exode.

Il nous dépeint des personnages extrêmement aboutis psychologiquement, des êtres voulant vivre, aimer mais aussi de comment l’amour peut devenir de la haine, de la vengeance. Passion, liberté, renoncement, fatalité, trahison. La plume est juste, humaine, fluide. C’est captivant, passionnant.

Mais qui est la bête qui trouble ce paradis ? Lisez, vous le saurez.


Gros coup de cœur de cette rentrée littéraire. ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

Elle aimait cet homme à la manière d'un animal qui suit le maître qui le bat chaque matin pour le caresser chaque soir.

Non pas qu'il voulût lever la main sur Blanche : au contraire, cette main qui enfonçait des pieux de bois dans cette terre mouillée du Paradis, menait les vaches aux prés, cette main il voulait qu'elle danse autour des cheveux de Blanche, qu'elle frôle sa nuque, qu'elle l'enveloppe comme quelques années plus tôt l'édredon avait adouci ses blessures.

Très tôt, sa grand-mère lui avait expliqué que le corps des femmes était "une ville" et celui des hommes "un village". Les formes des femmes changeaient sans cesse, évoluaient, se répandaient à la vue des autres, la peau se gonflait en certains lieux et se creusait ailleurs, tandis que le corps des hommes, passé l'adolescence, gardait son aspect et sa taille initiale. L'âge et l'alcool pouvaient l'arrondir, mais il ne se métamorphosait pas. Blanche devait selon sa grand-mère, se préparer à de grands changements. Sa petite ville deviendrait plus vaste, plus grosse, plus désirable.

Comme deux chevaux de labour, Blanche et sa grand-mère tiraient Gabriel, un garçon naïf, cassé par la mort de ses parents, à travers les plaines de son chagrin.

Il passait sa vie à fouiller dans le regard des autres, dans leurs gestes, les méandres de leur âme, pour s'y faufiler gentiment, sans violence, avec cette aisance extraordinaire bien qu'agaçante et cruelle.

Il scruta son visage : elle avait vieilli. Ses yeux disparaissaient enfoncés dans les rides qui les mangeaient, rivière jamais rassasiée. Le vert si dur, si beau de ce regard avalé par le temps se transformait en gris, un gris de terre, un gris de jument, un gris qui ternissait tout, amplifiait les petites peurs, les angoisses sans importance.

Il ne faisait pas partie de la famille. Il était employé ici. On ne lui avait rien dit, parce qu'on attendait de lui ce qu'on attendait d'un commis de ferme. Nourrir les poules. Nettoyer la cour. Inspecter la grange. Trier les oeufs. Traire les vaches. Il ne faisait pas partie de la famille, il faisait partie de la ferme. Louis avait oublié ce que c'était d'être du paysage sans être de la photo.

https://nathavh49.blogspot.com/2020/01/…

blanche n'oublie pas…

10 étoiles

Critique de Jfp (La Selle en Hermoy (Loiret), Inscrit le 21 juin 2009, 71 ans) - 12 décembre 2019

Le Paradis, une ferme traditionnelle comme on n’en fait plus (ou plutôt on n’en veut plus, en haut lieu du moins), avec ses prés, son étang, son coq en majesté sur son tas de fumier, et bien entendu sa fosse aux cochons. Une ferme où ont vécu trois générations, sauvagement frappées par le destin, mais qui survit vaille que vaille grâce à la fermeté et la sagesse d’Émilienne Émard, patriarche au féminin de cette petite communauté soudée sur elle-même. Il serait dommage de déflorer l’histoire de cette famille, car dès les premières pages de ce thriller paysan chaque ligne compte, porteuse d’indices, le lecteur s’attachant à deviner ce qu’il est advenu dans cette ferme où vit aujourd’hui une vieille paysanne solitaire, jetant chaque jour un bouquet de fleurs dans une fosse à jamais abandonnée par la gent porcine…

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