L'Outil et les papillons
de Dmitrij Mihajlovič Lipskerov

critiqué par Reginalda, le 15 août 2019
(lyon - 52 ans)


La note:  étoiles
Les réjouissants délires d’un dépressif
Enfin un livre qui ne donne pas l’impression qu’on l’a déjà lu une dizaine de fois (à l’instar d’ailleurs des deux autres romans de Dmitri Lipskerov que j’ai pu lire, notamment "Le dernier rêve de la raison"). Dans "L’outil et les papillons", nous rencontrons Arséni Iratov, un homme à qui tout réussit apparemment : il a la beauté du diable, une carrière d’architecte couronnée de succès, une femme splendide et aimante, des richesses incommensurables… Et pourtant, d’entrée de jeu, un grain de sable vient de gripper la machine : il se réveille une nuit, dépourvu de son sexe. À partir de là, rien ne se passe comme on l’attendrait. D’une part, ce sexe réapparaît sous la forme d’un sosie d’Arséni Iratov ; d’autre part, des pans entiers de la narration sont pris en charge par un être étrange qui semble doté de capacités hors du commun et d’une animosité, en apparence inexplicable, à l’encontre d’Arséni Iratov. Alors, sous les yeux du lecteur médusé, la chronologie, la vraisemblance, les personnages… tout se brouille sans qu’on s’y perde jamais, pour créer une fantasmagorie qui pourrait faire songer à des hallucinations sous acide.
Dans ce tourbillon, l’imagination du lecteur trouvera de quoi étancher sa soif, avant que le cynique qui sommeille en lui n’entrevoit de réjouissants prétextes pour ricaner de ses semblables, puis qu’un découragement crépusculaire n’enveloppe enfin cet univers, une fois la dernière page tournée. Oui, ce livre est une réussite, tant par son ambition existentielle que par sa remarquable construction et un art de dérouter sans cesse les attentes du lecteur. Un immense plaisir de lecture.