La jeunesse est un pays chaud
de Camille Colmin-Stimbre

critiqué par Débézed, le 5 août 2019
(Besançon - 72 ans)


La note:  étoiles
Comment devenir un preux chevalier
Ce roman fait suite à La fête des fols du même auteur que j’ai lu et commenté en mars 2017. Il raconte l’histoire de Swanhilda, sa capture et son intégration à la société française du début du XV° siècle « Au tournant des XIV° et XV° siècles, en plein cœur de la Guerre de Cent Ans, entre Maine, Anjou et Vendée, une jeune viking emportée par un nobliau local cherchant à venger des pauvres hères cruellement massacrés par la bande à laquelle elle appartenait, essaie de s’intégrer à la culture française pour devenir une parfaite châtelaine, une bonne épouse, une bonne mère, une chrétienne suffisamment acceptable pour les autorités religieuses particulièrement intransigeantes sur ce sujet. »

Ainsi fut fait, Swanhilda est devenue une fière châtelaine, une fidèle compagne si on considère que ses infidélités ne concernent que son plaisir charnel et n’affectent jamais ses sentiments à l’endroit de son compagnon et ravisseur. Elle démontre une piété suffisamment convaincante pour que son entourage la croie la meilleure des chrétiennes. Mais Swanhilda est restée une viking dans l’âme et dans les mœurs, elle vénère toujours les dieux de son pays, elle chasse comme le meilleur disciple de Nemrod, et, à l’occasion, elle est capable de régler son compte à qui voudrait s’en prendre à sa personne. Elle est respectée par tous, aimée par son ravisseur, comblée par ses amants et amantes, elle vit en harmonie avec la nature et les animaux domestiques ou sauvages qui la peuplent.

Ce deuxième volume de cette saga médiévale qui devrait selon l’auteur en comporter encore au moins deux autres, est plutôt un complément au précédent tome qu’une suite. L’auteur n’ajoute rien à l’histoire mais explique comment Swanhilda et son fils sont devenus de bons châtelains de la fin du Moyen-âge en pays francs. Il démontre avec un anticléricalisme féroce comment l’église catholique exploite les populations et les manipulent pour son plus grand intérêt. Il met en parallèle la religion animiste de Swanhilda qui laisse une grande liberté à ses adeptes. C’est un véritable catéchisme, une leçon de vie que l’auteur donne aux lecteurs. Il dénonce la religion, prône le culte du corps, la maîtrise des arts physiques, recommande l’harmonie avec la nature et la faune. Il a une vénération toute particulière pour le cheval qui peut créer une véritable relation avec les hommes qui savent communiquer avec lui. Il insiste aussi sur le plaisir charnel dont l’église voudrait priver le peuple, qui est pourtant nécessaire au bon équilibre des femmes comme des hommes. Swanhilda a pu se fondre dans le monde des francs car elle a conservé par devers elle les mœurs de ses ancêtres qui jamais ne se sont encombrés de croyances superflues ni de rites castratifs, se contenant seulement de vivre en harmonie avec la nature en développant leur corps et leur esprit.

Dans ce texte, Camille Colmin-Stimbre expose sa grande érudition concernant le monde médiéval, il emploie un grand nombre de termes et de formules appartenant aux vieux français ou des mots savants rarement usités. Il connait aussi très bien l’histoire, les mœurs, la religion et la civilisation médiévales. Son livre se veut un livre savant, érudit, moralisateur, cherchant à démonter à son lectorat tout le mal perpétué par les religions monothéistes dirigées par le plus riches. Il prône des valeurs qu’on dit aujourd’hui républicaines : l’égalité, la justice, le respect des faibles, …, pour obtenir une paix durable. Un roman médiéval où l’esprit chevaleresque serait remplacé par des valeurs laïques et républicaines, respectueuses de la nature et de l’environnement en général.