Sur la route du Danube
de Emmanuel Ruben

critiqué par Elko, le 31 juillet 2019
(Niort - 44 ans)


La note:  étoiles
De la mer Noire à la forêt Noire
Le Danube plonge au cœur de l’Europe et a toujours constitué une frontière naturelle depuis l’Antiquité. Une de ses particularités : le kilomètre zéro part de son embouchure et non de sa source. Embouchure mouvante puisqu’au milieu d’un delta et source incertaine selon les revendications de chacun. Un fleuve à l'identité en mouvement.

En le parcourant à vélo d’Est en Ouest, Emmanuel Ruben rappelle notre lien avec l’Orient et ses européens oubliés. Il a décidé de remonter le cours du fleuve comme on remonte celui de l’histoire. Car la géographie d’un lieu n’est jamais complètement déconnectée de son histoire. De l’Ukraine à la France l’auteur traverse l’Europe centrale et les Balkans, longe les limes de l’Empire romain et la ligne de front des Chrétiens face aux Ottomans, côtoie ces peuples déchirés par la seconde guerre mondiale et le démantèlement de la Yougoslavie, met en relief les enjeux du présent. Les petites histoires se mêlent à la grande. Les rencontres se succèdent, souvent fugaces et les paysages défilent au gré des saisons et des reliefs.

J’ai rarement autant eu cette impression de voyager que dans ce roman. L’auteur y révèle un constat amer, une vision de l’Europe vieillissante, sans illusion. Non pas une Europe de la solidarité mais celle des frontières et de la consommation. L’Europe de Bruxelles ne trouve guère grâce à ses yeux face aux crises politiques et migratoires actuelles.
Ce voyage au rythme du pédalier permet de se plonger dans cette Europe méconnue dont l’histoire, la culture et les valeurs ne devraient pas nous être étrangères.