Jeu blanc
de Richard Wagamese

critiqué par Pacmann, le 14 août 2019
(Tamise - 55 ans)


La note:  étoiles
Jeu, échecs et peaux mates
Pour la plupart des Européens, la réalité de la communauté autochtones au Canada, et ce jusque dans les années 70 est une inconnue que ce roman a le mérite de mettre à jour. Outre la politique de déracinement mis sur le compte de la nécessité d'intégrer les enfants indiens maintenus dans la sauvagerie païenne par leurs parents, l'auteur aborde le sujet du hockey sur glace et surtout le racisme envers les "brûleurs de chariots".

Le jeune Saul est le héros de cette histoire, arraché à sa famille à l'âge de 7 ans, il est littéralement enfermé dans un internat religieux qui ressemble pourtant plus à l'enfer. Heureusement, il y trouvera une formidable raison de vivre en devenant un joueur virtuose de hockey, sport à la fois élégant et violent qui suscite des passions presque sans égal au pays à la feuille d'érable.

L'écriture de Richard Wagamese lui a permis de recevoir le prix des libraires 10-18 2019 pour ce récit construit de manière simple et qui ne laisse présager aucune surprise, sauf un drame supplémentaire évoqué à la fin de l'histoire. Je ne suis pas certain que le fait d'ajouter cet élément permet de justifier la déchéance du personnage principal ; le romancier ne fait en tout cas pas clairement le lien.

On terminera sur une vision positive de la vie grâce à un retour du héros parmi les siens et sa nouvelle communion avec la nature.
Maltraitance des peuples autochtones 8 étoiles

Davantage qu’un roman tourné vers le hockey sur glace au Canada (où ce sport est roi) et des champions de ce sport, Jeu blanc dénonce le triste sort qui fut (est ?) réservé aux peuples autochtones en Amérique du Nord.
Saul Indian Horse est un Ojibwé dont nous allons suivre la trajectoire depuis la petite enfance jusqu’à l’âge adulte. Il est dit en quatrième de couverture que Richard Wagamese a puisé dans sa propre histoire pour écrire ce roman. Le moins qu’on puisse dire c’est que son histoire a mal commencé, alors.

»Je m’appelle Saul Indian Horse. Je suis le fils de Mary Mandamin et de John Indian Horse. Mon grand-père s’appelait Solomon et mon prénom est le diminutif du sien. Ma famille est issue du Clan des Poissons des Ojibwés du Nord, les Anishinabés, c’est ainsi que nous nous désignons. Nous avons élu domicile sur les territoires bordant la rivière Winnipeg, là où elle s’élargit avant d’entrer dans le Manitoba et après avoir quitté le lac des Bois et les crêtes accidentées du Nord de l’Ontario. »

Le roman commence avec la relation heureuse de la toute petite enfance dans la nature avec ses parents mais les choses vont rapidement se dégrader et à l’âge de sept ans il perd sa dernière protectrice, sa grand-mère, qui meurt en le sauvant d’une mort certaine en plein hiver et se retrouve confié comme orphelin indien à une institution religieux, le St Jerome’s Indian Residential School, un bien long vocable pour définir un univers de désindianisation à coup de brimades, sévices et de lavages de cerveau.
Il ne fait clairement pas bon être indien et tomber entre ces mains-là. Saul va surnager et trouver un exutoire en la matière du hockey sur glace. Un jeune prêtre qui tente d’apporter des dérivatifs à ces jeunes indiens en les initiant au hockey va mettre en lumière le don particulier de Saul vis-à-vis de ce sport. Qui va le sortir de l’Institution. Et lui faire connaître une famille Kelly, indienne comme lui, comme lui passée par les murs du St Jerome, mais qui va lui procurer l’affection qu’il avait perdue en perdant ses parents.
Son don est immense et va l’amener à quitter Fred Kelly et sa famille (ainsi que le trou du c… du monde qu’est Manitouwadge) pour monter toujours plus haut dans les divisions de ce sport et arriver dans des centres urbains toujours plus grands et plus éloignés de la nature de sa prime jeunesse. Et rencontrer le racisme, l’ostracisme, le rejet, malgré le talent qui lui permet de bien souvent faire gagner les équipes dans lesquelles il joue. La situation deviendra insupportable pour Saul et le fera plonger dans l’alcoolisme et la déchéance.
Mais il y aura une suite à tout cela, une suite moins dramatique sur laquelle se conclura le roman, non sans que nous soit révélé une dernière ignominie qui peut expliquer pourquoi les jeunes indiens passés par St Jerome ont tant de mal à mener une vie normale.
Un roman passionnant, éclairant sur la dure situation des peuples autochtones en Amérique du Nord, mais pas sans espoir in fine. Et puis, même si vous ne connaissez pas grand-chose au hockey sur glace, vous savourerez ce roman, croyez-moi !

Tistou - - 64 ans - 4 juillet 2020


Blancs et bourreaux 10 étoiles

C’est ma première lecture de littérature amérindienne.
Dans les années soixante, le peuple indien les Ojibwé vivant dans de vastes étendues canadiennes, est un peuple de la nature et des mondes sacrés communiquant avec les esprits.
Ce livre nous raconte l'histoire d'une tribu à qui les Blancs enlèvent leurs enfants pour les élever très loin dans l’incompréhension, la souffrance, la moquerie et même la torture.
J’ai apprécié ce moment de lecture, j’ai beaucoup appris sur un sujet qui m’était inconnu.
Pas fière d’être « Blanc »!

Koudoux - SART - 55 ans - 25 avril 2020


"Glace blanche, joueurs blancs" 8 étoiles

Saul Indian Horse est un indien Ojibwé. Comme tous les indiens, les membres de sa tribu sont traqués, parqués, éduqués pour qu’ils abandonnent leurs traditions, leurs langues, leurs coutumes et qu’ils deviennent de bons chrétiens. Leurs enfants sont enlevés et placés dans de "bons" instituts catholiques (!!)

Bien que protégé par sa grand-mère, l’hiver rigoureux de l’Ontario et autres drames auront raison de la liberté de Saul. Il se retrouvera dans l’enfer de St Jerome’s , où règnent la terreur, les asservissements, les tortures, les viols…

Il y rencontrera le Père Leboutilier, passionné de Hockey sur glace qui l’initiera à ce sport.
Une révélation pour le jeune garçon qui pourra envisager l’avenir, obnubilé par ce jeu.
"J’étais un petit garçon avec des patins trop grands et dans ce monde que le hockey avait créé, je découvris un nouveau foyer."
Son parcours sera semé d’embûches, pas facile pour un indien d’exceller dans un jeu de "blancs" ; il n’est pas le bienvenu, c’est le moins que l’on puisse dire.
Mais au fil des ses victoires, Saul, de joueur passionné et droit, devient un jeune homme agressé et agressif, violent...

J’ai été très touchée par la première partie, la vie des Ojibwé, entre les anciens attachés à leurs traditions, et ceux qui, déjà convertis, culpabilisent devant les drames.
Mais, curieusement, alors que je n’y connais rien au hockey, et que les descriptions détaillées des matches, des coups, des tactiques, des déplacements, sont omniprésentes, je ne me suis pas ennuyée.

Un roman intéressant par la (re-) découverte des faits dramatiques dans une histoire américaine incroyablement récente, sidérant à la lecture finale de la vérité révélée par Saul, enfant attachant, adolescent combatif, adulte en souffrance.

Marvic - Normandie - 61 ans - 24 février 2020


Passion salvatrice ! 8 étoiles

Richard Wagamese (1955-2017) est un écrivain autochtone canadien.Ses œuvres témoignent des enjeux historiques et socio-économiques contemporains qui touchent les communautés autochtones au Canada. Elles soulèvent aussi des questions relatives aux identités et aux cultures autochtones, ainsi qu’à la vérité et la réconciliation.
"Jeu blanc" paraît en 2017.

Saul Indian Horse est un indien Ojibwé. Au cours d'une cure de désintoxication, il revient sur sa vie et son parcours chaotique.
Arraché enfant à sa famille indienne par un hiver rigoureux, Saul est placé dans un pensionnat religieux où ses coutumes, croyances, mode de vie et religion vont lui être retirés.
Effacer son indianité pour adopter le mode de vie Anglo-saxon.
Le père Leboutillier va le prendre sous son aile (...) et révéler son talent de hockeyeur. Saul Indian Horse a un don qui le mènera jusqu'aux équipes de 1ière ligue.
Mais quelque chose est fracassé au tréfonds de lui-même, il sombre progressivement .
Les douleurs d'une enfance fracassée vont remonter et il devra trouver le chemin de la rédemption .

J'avoue m'être ennuyé pendant une grande partie de ma lecture. La fin vient sauver le roman.
Certes, le message est fort mais je trouve qu'il s'agit davantage d'un hymne au Hockey que de la dénonciation d'un racisme anti-indiens inavoué.
Un bon roman néanmoins.

Frunny - PARIS - 54 ans - 19 janvier 2020