Venise à double tour
de Jean-Paul Kauffmann

critiqué par Veneziano, le 4 mai 2019
(Paris - 41 ans)


La note:  étoiles
A la quête des églises fermées de Venise
L'auteur, fasciné par Venise comme beaucoup, souhaite en approfondir la connaissance en découvrant l'intérieur des églises fermées. Il utilise comme modèle Jacques Lacan qui frappait fortement à leurs portes pour se faire ouvrir, ce qui marchait parfois. Il utilise les conseils d'Alma, guide, approche le Patriarche et d'autres huiles du clergé local, gérant la quasi-totalité de ce patrimoine.
Il écope un certain nombre de refus ou de classements sans suite, du fait du coût des travaux nécessaires, bien plus onéreux qu'ailleurs, et de la volonté de conserver ces biens loin de l'afflux massif de touristes, ce qui ne fait que retarder la rénovation finissant inévitablement par devenir nécessaire. Il insiste sur ces échecs pour montrer la mauvaise foi en la matière, illustrant la contradiction des maîtres des lieux sentant leur pouvoir décisionnel et leur impuissance à agir. Or, comme il le souligne à plusieurs reprises, rien n'est véritablement fermé, ni ouvert. Sans forcément ruser, en insistant, il s'avère possible pour quelques instants de pénétrer ces endroits devenus interdits, pour contempler leur splendeur secrète, devenue aussi interdite que fanée.
Parmi ce florilège de paradoxes, deux appels sont ici exprimés, celui de rester curieux d'esprit en conservant sa faculté d'émerveillement, tout comme celui de prendre soin d'un patrimoine d'une valeur qui n'a d'égale que sa densité, alors que la ville entière est menacée. Emouvant et utile, en sus des rappels historiques et géographiques nécessaires à la compréhension du cheminement, ce livre m'est paru beau et invite à la réflexion, comme à l'assouvissement de sa curiosité intellectuelle.