Seigneur, ayez pitié de moi !
de Leo Perutz, Ghislain Riccardi (Traduction)

critiqué par Tistou, le 18 avril 2019
( - 63 ans)


La note:  étoiles
9 nouvelles
Neuf nouvelles de longueurs très inégales dans ce recueil regroupant des nouvelles parues entre 1907 et 1929. La plus longue « La naissance de l’Antéchrist » fait 70 pages quand la plus courte n’en fait que 4.
La première nouvelle, éponyme, se déroule dans la Russie qui se débat dans la guerre civile avec le renversement du tsar in fine. Il y est question de Dzerjinski qui dirigea la Tchéka, police secrète qui contribua à une vaste épuration d’ennemis de la Révolution ou supposés tels. Mais le héros de cette nouvelle est un dénommé Volochine, un spécialiste du décodage de l’armée russe qui refuse de collaborer avec le nouveau pouvoir. Sa fin est programmée dans les sinistres locaux de la Tchéka quand … Et la nouvelle vire côté romantique avec un rebondissement des plus improbables, comme souvent dans les nouvelles de Leo Perutz. Il adorait manifestement intégrer dans des lieux réels et au contact de personnages existants ses héros de nouvelles (ou romans ?) à rebondissement. On note par ailleurs un souci manifeste de vraisemblance et de conformité à la réalité des lieux ou des personnages qu’il met en scène.
« Mardi 12 octobre 1916 » met en lumière les effets d’une détention prolongée sans, ou si peu, nouvelles ou contacts de l’extérieur sur le psychisme d’un prisonnier. Ici Georg Pichler, soldat autrichien fait prisonnier par les Russes, qui retournera à Vienne passablement « dérangé ».
« La naissance de l’antéchrist », le gros morceau du recueil, se déroule en Sicile, à Palerme et restera jusqu’au bout dans l’ambiguïté. L’enfant de Philippo, le « Génois », savetier de Palerme et en réalité forçat évadé et de la servante du curé de Montelepre, devenue sa femme et en réalité religieuse ayant renié ses vœux, est-il l’antéchrist au bout du compte. Bien des drames vont se produire autour de lui mais … ?
« La lune rit » est plus légère, une pochade, comme qui dirait pour rire.
« L’auberge A la Bombarde », également longue (46 pages) renoue avec l’armée et les soldats ; le sergent-chef Chwastek en particulier. Une histoire d’amours déçues en toile de fond et un drame au final dans l’ambiance d’une ville de garnison d’Europe Centrale début du XXème siècle.
Les quatre suivantes sont plutôt courtes et moins fondamentales. On y traîne toujours du côté de l’Europe Centrale avec, bien sûr, un soin particulier apporté au dénouement inattendu, au rebondissement visiblement systématiquement recherché.
La lecture de « Seigneur, ayez pitié ! » s’avère aisée, plutôt prenante, pas un « page-turner » mais presque. Ou alors un « page-turner façon début XXème siècle, quand Agatha Christie et autres auteurs de polars n’avaient pas encore poussé le bouchon beaucoup plus loin (Edgar Allan Poe avait déjà sévi pourtant). Pas d’élucubrations fantaisistes et irréelles, Leo Perutz colle toujours à la vraisemblance, a le souci du détail authentique mais sa marotte c’est visiblement de désarçonner le lecteur par un rebondissement final inattendu.