L'Île du lézard vert
de Eduardo Manet

critiqué par Alma, le 4 avril 2019
( - - ans)


La note:  étoiles
Roman d'apprentissage dans le Cuba d'avant Castro
Cuba . De l'été 1948 à l'été 1949, 2 années riches dans la vie de Chino le héros et narrateur de ce roman d'apprentissage.

Cuba personnage à part entière du roman, est souvent surnommée l''île du lézard" pour sa forme . « une île toute paresseuse , immobile sur les vagues, comme un long lézard vert » indique E Manet dans la phrase d'exergue .

Lorsque s'ouvre le roman, Chino vient de fêter ses 15 ans, il a trop bu et la tête lui tourne «  J'ai 15 ans et la fête est finie. Quinze ans et envie de dynamiter le monde ». Deux ans plus tard, désabusé, il fait le serment suivant « Je partirai. Je quitterai cette prison pour toujours » Que s'est-il passé de décisif au cours de ces trois étés ?

Chino va se libérer progressivement de l'emprise de sa mère qu'il désigne sous le surnom ironique de Madame Sérénité, une mère poule délaissée par son époux et qui oscille entre lamentations exubérantes et abattement , mais qu'il appelle affectueusement « Petite Maman » pour l'apaiser ou pour l'amadouer . Car il lui faudra jouer fin lorsqu'il devra sortir le soir.........
Lorsqu'il obtient la même année son baccalauréat, son père (qui ne fait que quelques brèves apparitions au domicile familial ) lui propose de venir travailler pour la rubrique Culture du journal dont il est le directeur . C'est alors la découverte du milieu de la presse , celle aussi d'un secret concernant la double vie de ce père. Amoureux timide d'une adolescente, il tombera dans les griffes de Gypsie, une femme riche et libre, l'incarnation du péché pour les biens-pensants, qui l'initiera aux plaisirs du corps mais aussi à ceux de l'esprit en l'introduisant dans le monde de l'art et de la culture . Un nouvel amour suivra , la découverte d'autres milieux , mais surtout à l'Université , grâce à son ami Lohengrin , celle du Partido Socialista Popular , parti encore clandestin aux côtés duquel il va faire un bout de chemin .

On retrouve ici le schéma classique du roman d'apprentissage  avec ses initiateurs, l'ouverture sur d'autres milieux, sur des idéologies nouvelles et l'introduction dans le monde des nuits torrides sur lesquelles règnent les femmes et l'alcool. Avec comme conséquence, la promesse de quitter un jour ce pays ….. comme le fera Eduardo Manet à l'âge de 21 ans .

Un roman à caractère autobiographique ? Peut-être , sous certains aspects . Si l'on se réfère à la biographie de E Manet, et au contenu de de ses interviews, certains détails pourraient le faire penser, mais il semble plutôt que l'auteur dans les années 1990, soit 40 ans plus tard , ait concentré en deux années sur un même personnage ce qu'il a vécu, vu ou dont il a été témoin pendant son adolescence en cette période antérieure à l'arrivée de Fidel Castro .

Un roman savoureux, E Manet y fait vivre avec puissance et précision de nombreux personnages, hauts en couleurs , offrant ainsi un vaste panorama de la société cubaine d'avant le castrisme .
Récit du passage à l'âge adulte , il combine agréablement le romanesque, la chronique d'une époque et la réflexion sur le destin politique de Cuba .