Que jeunesse trépasse de Patrick Brisebois

Que jeunesse trépasse de Patrick Brisebois

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Libris québécis, le 14 mars 2019 (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 77 ans)
La note : 7 étoiles
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Les Rejetons des baby-boomers

La génération X est l'objet de nombreuses analyses. Les romanciers y vont aussi de la leur. On y présente des jeunes de 20 à 30 ans qui éprouvent de la difficulté à se nicher au sein d’une société qu’ils réprouvent. Chaque groupe d'âges vit sa crise. À 40 ans, on subit les attaques du démon du midi. Dans la vingtaine, on craint de perdre ses rêves au sein d'un monde adulte contraignant.

Ces antihéros, assez scolarisés, vivent généralement dans les logements délabrés pas encore rénovés des quartiers devenus le fief de la classe snobinarde. À Montréal, c'est le Plateau où habite Irénée Faiblengras, le protagoniste du roman de Patrick Brisebois. Ce déjanté infortuné s'est uni à des amis pour défrayer la location d'un appartement. Leur esprit festif les porte vers la dive cannette de bière, le tabac et le hasch. L'état second qui en résulte leur permet d'oublier qu'ils doivent se prendre en main. Ils mènent une existence dont la vacuité même les déprime. Ils voudraient bien s'en sortir, mais ils s'en abstiennent à cause du peu d'estime qu'ils portent à la société.

On serait tentés de les haïr, mais pourtant on finit par les aimer. Comme dirait Robert Charlebois, ce sont des « ratés sympathiques ». Irénée n'est pas un méchant diable. Il n'est pas non plus un jeune mal-aimé de ses parents. C'est un être ordinaire aux prises avec les problèmes de tout jeune adulte qui souffre du manque d'issues pour s'intégrer au monde des loups. « Homo homini lupus », avait déjà écrit Plaute. Malheureusement, il risque de s'autodétruire en compensant par l'alcool, son manque de confiance en lui. Même s'il est mal à l'aise dans sa peau, il guette quand même sa chance pour enfin exister. Comme dans les sectes, il souhaiterait une catastrophe qui changerait l'ordre des choses. Un Dieu qui viendrait détruire le mal dans le monde. Mais il réalise que la mort est la seule vraie chose comme le prouvent le suicide d'un ami et le meurtre d'une copine au Mexique. Cette constatation développe chez lui un nihilisme qui l'amène à condamner même les « ethnies » pour ses déboires.

Patrick Brisebois a investi son principal protagoniste du caractère excessif de son groupe d'âge. Il faut aimer les poulains qui ruent dans les brancards pour apprécier ce riche personnage. L'écriture suit le mouvement. Le langage peu châtié des antihéros frustrés est assez provocateur et incompréhensible pour l'Hexagone. On s'envoie allègrement « manger un char de marde » quand les situations se corsent. Nonobstant la crudité, l'ensemble est plutôt ludique à la manière de Réjean Ducharme. Cet humour a son charme, mais ça devient lassant à la longue. Au niveau de la forme, ça ressemble davantage à une téléréalité. On présente, comme en direct, le quotidien d'un jeune homme tourmenté par son avenir et gêné par les femmes qu'il voudrait séduire. Ce n'est pas rasant cependant comme sa jumelle télévisuelle. L'intérêt est maintenu par un dénouement qu'on est curieux de connaître : comment Irénée va-t-il s'en sortir ?

En plus d'imiter les tics d'écriture de Réjean Ducharme, Patrick Brisebois a calqué son roman sur L'Hiver de force. On y trouve la même quête d'absolu et de pureté. C'est une arme à deux tranchants. Il reste que c'est un roman riche et émouvant, qui fait un tour d'horizon de la vie et de la pensée des rejetons des baby-boomers.

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