À la ligne: Feuillets d'usine
de Joseph Ponthus

critiqué par Killing79, le 10 mars 2019
(Chamalieres - 39 ans)


La note:  étoiles
Finalement hypnotisant
Présentation de l'éditeur
C'est l'histoire d'un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c'est qu'il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d'Apollinaire et les chansons de Trenet. C'est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l'odeur de la mer.


Mon avis:
Autant vous prévenir tout de suite, il s’en est fallu de peu que ce roman passe à la trappe. Lors des quatre-vingts premières pages, je n’ai pas accroché. J’ai été tout d’abord dérangé par le style. Joseph Ponthus a choisi une mise en page originale mais assez déstabilisante. Pour donner une musique à son histoire et calquer le rythme sur celui des chaines de production, il coupe ses phrases en plusieurs parties, en revenant très souvent à la ligne et sans aucune ponctuation. Cela accélère le tempo de la lecture, j’ai eu l’impression de lire comme un automate et de passer à côté de la profondeur des évènements.

Ensuite, dans cette première partie, le thème abordé m’a un peu lassé. Si vous n’avez jamais connu le travail en usine, ce texte va vous interpeller. En totale immersion, il va vous surprendre sur les dures conditions auxquelles sont confrontés les ouvriers de ces entreprises. Mais moi, qui ai vécu cette situation, lorsque j’étais lycéen durant mes vacances scolaires, j’ai eu l’impression de retourner derrière ces machines et je ne peux pas dire que j’en avais gardé un bon souvenir.

Ce dimanche après-midi, j’ai donc posé le livre, avec le souhait très rare chez moi, de l’abandonner. Le soir, les remords me titillant, j’ai quand même voulu donner une seconde chance au livre. Et là, sans pouvoir l’expliquer, la magie a opéré. Les lignes ont défilé devant mes yeux et j’ai été envoûté par le texte mécanique, plein de colère et de poésie. J’ai tourné les pages avec frénésie. Grâce à une écriture sobre et très accessible, je suis entré dans le monde de l’auteur en apnée pour n’en ressortir qu’à la fin, déboussolé.

Je ne sais pas si Joseph Ponthus est un futur grand écrivain. Je ne sais pas non plus s’il sera capable de se renouveler.

Mais en tout cas, avec « A la ligne »

il a créé une œuvre originale

et captivante

que vous ne lâcherez pas

si vous daignez persévérer

http://leslivresdek79.com/2019/03/…