Hippocrate
de Jacques Jouanna

critiqué par Colen8, le 18 février 2019
( - 77 ans)


La note:  étoiles
La médecine dans la Grèce de l’âge classique
Son nom, son enseignement, sa pensée, son œuvre et celle de ses disciples ou successeurs perdurent depuis 25 siècles dans des écrits désignés par le terme « Collection hippocratique(1) ». Dans la Grèce du Ve siècle avant J.-C., la médecine considérée plus comme un art que comme une science connait des dizaines de maladies, sait réduire des fractures, des luxations, cautériser des hémorroïdes, soigner les blessures de guerre. Elle accompagne les accouchements, dispose d’une pharmacopée contre certains maux, engage à mener une vie saine par la diététique, l’exercice, les bains par aspersion, et doit démontrer sa capacité à pronostiquer l’évolution du patient. Elle a observé l’anatomie, émis des notions sur la génération devenue l’embryologie par la suite, tenté de relier l’homme au monde qui l’entoure, anticipé sur la nécessité d’associer le malade au combat contre la maladie ainsi que sur les facultés d’auto-guérison de l’organisme.
Hippocrate, contemporain de Démocrite et de Socrate, originaire de l’île de Cos face à la côte anatolienne, issu de la prestigieuse lignée des Asclépiades(2) dans laquelle la médecine se transmet de père en fils depuis des générations, est allé exercer en Thessalie continentale en confiant à ses fils devenus adultes le soin des malades de Cos. Ces éléments biographiques étant rappelés c’est l’occasion pour Jacques Jouanna non seulement de commenter avec quantités d’extraits et de citations les pratiques médicales et sociales de ces temps anciens ainsi que les règles de morale et de déontologie connues comme le serment d’Hippocrate, mais surtout de révéler une pensée rationnelle et un humanisme proches de la philosophie s’éloignant d’une pensée magique antérieure avant de s’en séparer complètement pour rejoindre le domaine scientifique.
C’est grâce à quantité d’exégèses et de traductions vers l’arabe et le latin, puis à la diffusion élargie d’encyclopédies médicales à partir de l’imprimerie que cette œuvre monumentale d’Hippocrate largement relayée au IIe siècle par Galien a continué à influencer la médecine jusqu’à la Renaissance et depuis lors pour parvenir jusqu’à nous.
(1) Leur nombre est impressionnant au vu de la liste et des descriptifs de dizaines de volumes détaillés dans 40 pages d’annexes
(2) Ils prétendent descendre d’Asclépios (Esculape pour les romains) érigé au rang de divinité.