Une histoire des parfumeurs : France 1850-1910
de Rosine Lheureux

critiqué par Falgo, le 17 février 2019
(Lauris - 79 ans)


La note:  étoiles
Naissance d'une grande industrie Française
L'industrie du luxe française est reconnue mondialement. Elle est largement exportatrice et s'est implantée dans de très nombreux pays. Il est donc particulièrement intéressant de comprendre comment elle s'est constituée. Le travail de Rosine Lheureux a été effectué pour une sorte de doctorat à l'Ecole Nationale des Chartes (1994). Il s'appuie sur une multiplicité de sources, dont certaines inédites et une prodigieuse documentation.
Cette industrie est née en France au 18° siècle et s'est développée au 19° selon plusieurs caractéristiques:
- ouverture d'un magasin de détail à Paris,
- fabrication artisanale de premiers produits,
- passage à l'industrialisation grâce aux progrès technologiques et à ceux de la chimie,
- liaison étroite avec la mode vestimentaire, d'où l'importance du rôle des femmes, même si les parfumeurs restent des hommes,
- appui sur la région de Grasse fournissant les matières premières florales et leurs premières transformations,
- imbrication avec les verriers, fournisseurs d'emballages originaux,
- utilisation de la publicité pour convaincre les femmes d'adopter l'usage quotidien des parfums et des cosmétiques,
- compréhension profonde de ce qui motive un achat féminin,
- attention très vite tournée vers l'exportation: Europe, Russie, Amérique, Afrique. Absence de l'Asie,
- rôle de l'évolution des principes et textes juridiques permettant la protection des marque, modèles et dessins contre la contrefaçon,
- adaptation à des niveaux différents de clientèle par la qualité et les prix.
Ainsi s'est constituée cette industrie qui poursuit actuellement une progression spectaculaire dans le monde entier.Si certaines des marques de l'époque ont disparu, certaines sont restées, souvent avec leur positionnement d'origine: Guerlain, Roger et Gallet ( Farina), Bourjois et d'autres sont venues, en particulier au 20° siècle les couturiers-parfumeurs. Tout ceci est reconstitué avec une abondance de détails dus à une documentation et une iconographie de premier ordre. Malheureusement ce travail universitaire - comme trop souvent - se perd dans les détails - foisonnants et touffus - et manque cruellement d'esprit de synthèse. En particulier rien n'est dit sur la capacité de l'esprit français à créer et soutenir une telle industrie.