Le Mépris de la démocratie: Retour sur le traitement médiatique des élections présidentielles de 2002 et 2017
de Mathias Reymond

critiqué par Mathieu971, le 30 janvier 2019
( - 32 ans)


La note:  étoiles
les merdias au garde-à-vous

"À chaque mobilisation sociale, à chaque conflit militaire, à chaque élection, le constat ne varie pas : les médias sont des médias de parti pris. Avec des nuances quand ce sont des médias de masse. Sans nuances – et cela peut se comprendre – quand ce sont des médias d’opinion. Le même processus, « information-mobilisation-culpabilisation », est ajusté à la nature de ce qu’il faut combattre ou qu’il faut soutenir. Pour un mouvement social : annonce d’un mesure libérale (bienvenue) ; mobilisation des chefferies éditoriales pour son soutien ; culpabilisation des opposants. Pour une intervention militaire (occidentale) : divulgation de l’infamie d’un régime ; mobilisation médiatique pour un pilonnage ciblé (cela va sans dire) ; culpabilisation des pacifistes et des sceptiques. Pour une élection (ou un référendum) : présentation des candidats et de leurs programmes ; mobilisation massive en faveur (ou en défaveur) d’un ou de plusieurs candidats ; culpabilisation des électeurs(et des candidats) déviants".

Ce que dit Mathias Reymond à propos de l'approche médiatique de l'entre deux tours des élections présidentielles de 2002 et 2017 (avec l'injonction généralisée : "Votez Chirac" puis "Votez Macron", et la culpabilisation immédiate de ceux qui refusaient de décliner ce diktat obligatoire devant les micros et caméras, est tout aussi flagrant dans le traitement médiatique de la "crise" des Gilets jaunes, je n’ai pu m’empêcher de me dire : « Voilà, c’est exactement ça ! Les médias dans leur ensemble, avec leur morgue, leur condescendance et leur arrogance habituelles, ne comprenant par ailleurs rien à un mouvement spontané, inhabituel, sans tête d’affiche, qui sort de leur cadre de grille de lecture, se sont payé la tête des interviewés, ramenés à leur insignifiance, à leur langage non adapté ou non conforme, et finalement relégués aux oubliettes, quand on ne les sommait pas de condamner fermement les violences des casseurs, alors que ces-mêmes médias ne disaient mot ou minimisaient les violences policières. »

La télévision cherchait bien évidemment dès le début à déconsidérer le mouvement par le choix ds images montrés, et les commentaires des experts auto-proclamés qui n’en finissaient pas de pérorer dans leurs délires de nantis bien incapables de comprendre un malaise populaire non canalisé. Et, comme en 2017, ils avaient harcelé entre les deux tours Jean-Luc Mélenchon pour le sommer de clamer "Votez Macron" (ce qu’il n’a pas fait, et il lui en a fallu, de la ténacité pour résister !), maintenant ils harcèlent et culpabilisent ceux qui ne condamnent pas les violences commises pendant les manifestations.

Mais qu’ils commencent donc à condamner les violences policières sur lesquelles leur silence est assourdissant ! Ce qu’ils se gardent bien de faire. Et on voit défiler à tour de bras les ministres qui se congratulent du rôle positif joué par la police et la gendarmerie (sûr qu’éborgner des individus pacifiques et des passants, les handicaper à vie en les privant d’une main, leur balancer des canons à eau en plein hiver – alors même que l’eau est une matière précieuse dont on va bientôt manquer, comme on en manque déjà dans bien des pays –, les asperger de gaz lacrymogènes et de grenades, c’est considéré comme positif par les gardiens de l’ordre) sur toutes les radios, les télévisions où leurs tweets sont clamés à tous les carrefours… Et ils s’étonnent qu’on les appelle les "merdias", que la majorité de la population n’ait plus envie de les lire, de les croire ou de les regarder, que les Gilets jaunes les conspuent et manifestent parfois avec violence la colère qu’ils leur inspirent, et qu’on soit désormais obligés de chercher d’autres sources d’information, sur les réseaux sociaux et les sites internet indépendants.

Le livre de Mathias Reymond montre bien la manière dont les médias ont orchestré la dramaturgie électorale entre les deux tours en 2002 et 2017 comme ils orchestrent en ce moment la dramaturgie sociale. Je lui souhaite un franc succès. Il m’a fait prendre conscience que moi-même j’ai été pris au piège de leur conspiration en faveur du vote Macron, je me suis efforcé de trouver des tas de raisons de ne pas voter blanc ou de m’abstenir, ce qui était pourtant ma première idée. La lecture du livre m’a montré que j’ai subi le matraquage idéologique des médias sans m’en rendre compte.

Bravo aux éditions Agone et au travail de fourmi de l'auteur.