Serena de Anne-Caroline Pandolfo (Scénario), Terkel Risbjerg (Dessin)

Catégorie(s) : Bande dessinée => Aventures, policiers et thrillers

Critiqué par Pucksimberg, le 24 décembre 2018 (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 40 ans)
La note : 6 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (37 263ème position).
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Serena, un être redoutable

Dans les années 30, Pemberton revient avec Serena sa jeune épouse à Waynesville, après quelques semaines d’absence. Il vient d’hériter d’une part des Smoky mountains et décide de s’enrichir en vendant le bois. Les hommes vont trimer dur pour abattre ces grands arbres, certains même seront tués tant la tâche est difficile et les expose à de nombreux accidents. Ce couple infernal n’a aucune morale et est prêt à tout pour parvenir à ses fins. On tue, on soudoie les banquiers, on impressionne. Serena s’impose rapidement. Elle domestique un aigle et se montre largement à la hauteur des hommes. On la redoute.

Ce roman graphique est l’adaptation du roman du même nom de Ron Rash, texte transposé aussi au cinéma. Pandolfo et Risjberg font toujours un très bon travail, ne prennent pas leurs lecteurs pour des imbéciles et construisent leur album avec talent. Ici les artistes alternent les pages avec des cases plus classiques et les pages sans cases délimitées avec des dessins qui donnent une dynamique au récit. Ponctuellement, des bûcherons interviennent et commentent certaines scènes comme le chœur dans les tragédies antiques. Les dessins sont expressifs et mystérieux. De nombreux personnages empruntent des caractéristiques aux animaux tant physiquement que moralement. Le texte est assez présent et permet de retranscrire l’atmosphère du roman et le contexte du lendemain de la Grande Dépression.

Le lecteur se plaît à développer une antipathie pour le personnage féminin éponyme. C’est la méchante assumée de l’histoire et comme dans certains films américains c’est ce qui en fait sa grandeur. Elle possède un grand pouvoir et une autorité qui lui permettent de contrôler tous les êtres qui l’entourent. Elle ne rencontre aucun obstacle et mène tout ce petit monde à la baguette.

J’ai une grande admiration pour Pandolfo et Risjberg dont les précédents albums m’ont vraiment séduit ! Ici, je suis moins enthousiaste car le sujet ne m’intéresse pas. Il a été très bien traité et les auteurs ont toujours un grand talent et beaucoup d’inventivité. Cette période et cet univers ne suscitent pas ma curiosité et suis peu sensible aux romans noirs. Ce n’est donc pas la faute des deux artistes.

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Vénal est le venin

8 étoiles

Critique de Blue Boy (Saint-Denis, Inscrit le 28 janvier 2008, - ans) - 8 avril 2020

Après une adaptation cinématographique peu convaincante par la Danoise Susanne Bier en 2014, ce fut au tour, quatre ans plus tard, d’Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg (lui-même Danois également), de transposer en bande dessinée le roman de Ron Rash paru en 2008. Si la moulinette hollywoodienne en a fait un mélo hautement romanesque passablement édulcoré, le duo Pandolfo/Risbjerg semble non seulement avoir mieux respecté l’esprit originel du roman, mais il l’a magnifié.

Pour les besoins de sa conversion en BD, Anne-Caroline Pandolfo a su parfaitement resserrer le scénario tout en y intégrant une tension omniprésente, faisant que d’emblée et jusqu’à la conclusion, le lecteur est littéralement happé. Et ce personnage de femme charismatique qu’est Serena n’y est pas pour rien. Lorsque celle-ci débarque avec son mari George Pemberton, dirigeant d’une exploitation forestière, dans cette petite gare des Smoky Mountains, dans le but de faire prospérer la compagnie, on comprend vite que c’est la jeune femme qui tire les ficelles. Dès la troisième page, l’image est frappante. En sortant du wagon, Serena suit son mari, qui du coup apparaît plus petit tandis qu’il a déjà posé le pied par terre. Avec son regard déterminé et son allure altière, elle s’impose comme la marionnettiste dominant son pantin de mari, ce que va confirmer la suite de l’histoire qui se lit comme un thriller palpitant où tous les coups seront permis.

Loin du film lisse de sa compatriote, Terkel Risbjerg au dessin nous livre une version bien plus âpre du roman, avec son trait charbonneux qui va à l’essentiel, et c’est ce qu’on aime chez lui. Avec paradoxalement peu de détails, les expressions des visages sont très bien rendues, à commencer par le regard imperturbablement froid, sans émotion, de Serena. La mise en page est fluide et variée, et on apprécie la façon dont Risbjerg restitue les paysages de Caroline du Nord, un peu à la manière d’un peintre, prouvant sa maîtrise de la couleur comme du noir et blanc, ainsi qu’on avait pu le voir avec « Le Roi des scarabées ». Du grand art.

Si la nature et le thème de l’écologie évoqués dans le livre de Rash sont bien repris ici— de l’écologie avant l’heure puisque l’histoire de déroule dans les années 30 —, les auteurs semblent s’être davantage centrés sur les personnages, mais en particulier, bien évidemment, sur celle qui donne son nom au titre de l’histoire. Serena domine tout le récit de son aura puissante et mystérieuse, reléguant toutes les autres figures au second plan. Serena est une calculatrice à sang froid et une prédatrice implacable — à l’image de l’aigle qu’elle va dresser pour décimer les serpents qui tuent les ouvriers de l’exploitation —, exterminant tout ce qui a le malheur d’être à sa portée, les âmes, les êtres, les arbres ou les animaux, animée par une haine profonde et dérangeante dont on ne connaîtra jamais l’origine. D’ailleurs, on ne saura jamais rien du passé de cette femme, aussi fascinante que détestable, et peu encline à laisser filtrer la moindre émotion. Du double dénouement – qui donne froid dans le dos et fait de Serena un être surnaturel et maléfique – on ne révélera évidemment rien…

Une fois encore, les auteurs dressent le portrait d’un être hors normes. Férue d’adaptations, Anne-Caroline Pandolfo a ce talent certain pour détecter de bonnes histoires avec des personnages singuliers et marquants. Pourtant, il ne suffit pas de prendre un bon livre, encore faut-il savoir en faire une adaptation qui honore l’œuvre originale. Avec le concours de son brillant alter-ego Terkel Risbjerg, celle-ci a fait plus que l’honorer, elle l’a transcendé en se l’appropriant, lui donnant une nouvelle vie.

Sombre far west

6 étoiles

Critique de Coper (, Inscrite le 2 octobre 2014, 37 ans) - 19 janvier 2019

Un roman graphique assez sombre qui prend de la puissance au fil des pages.
Les personnages sont peu attachants conférant à la lecture une sensation antipathique étrange... j’avoue n’avoir jamais ressenti cela.
Il me tardait de finir cet ouvrage...

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