La lumière brille dans les nuits les plus sombres
de Raphaël Miklatzki

critiqué par Catinus, le 23 décembre 2018
(Liège - 67 ans)


La note:  étoiles
Encore un livre liégeois remarquable !
« Pour mon père, tout a commencé à Michalowo, ce village situé en Poldachie, au nord-est de Varsovie, le 10 décembre 1890, voire le 10 décembre 1894 ». Tel sont les premiers mots de ce récit que dresse M. Miklatzki de sa famille d’origine juive. Nous y faisons la connaissance de ses grands-parents, de ses parents et de l’environnement dans lequel où ils évoluent. Pas des plus agréable puisque l’antisémitisme est leur lot quotidien (il sévissait d’ailleurs dans toute l’Europe). Vient encore s’ajouter la haine implacable des nazis. Il faut fuir. Les époux Miklatzki arrivent à Liège dans les années ’30. Ils ouvrent tant bien que mal un magasin de chaussures dans le quartier d’Amercoeur, puis au 136 rue Saint-Séverin, au quartier Sainte-Marguerite. Raphaël vient au monde le 11 août 1938. Ceux que ses parents avaient déjà fuis de la Pologne vont bientôt s’installer en maîtres à Liège avec leur croix gammée avec tout ce qu’elle sous-entend. Il faut encore fuir, d’abord dans le sud de la France en 1940. C’est la sinistre rafle du septembre 1942 qui sonnera de nouveau une autre alerte : la petite famille se réfugie alors à Septroux, un petit village situé sur les hauteurs d’Aywaille. Il faudra attendre 1944 pour pouvoir revenir au quartier de l’Ouest à Liège. Pas facile pour un gamin de se construire dans une telle ambiance et avec de telles pressions physiques et psychologiques sur le dos. Heureusement pour lui, Raphaël fut un bon élève, un très bon élève…

Avec intelligence, Raphaël Miklatzki entremêle habilement l’histoire de l’Europe avec celle de sa famille. La lecture de ce récit de 200 pages n’a rien d’ardu ; elle se développe comme s’il s’agissait d’un roman. L’auteur a le courage de ses opinions et il n’est pas question pour lui d’utiliser la langue de bois quand il est question de dénoncer certains agissements de la Ville de Liège durant ses années sombres.

Pour nous, Liégeois, un livre remarquable (soit, digne d’être remarqué) !

Extraits :

- En 1933, les affaires reprennent après un changement de stratégie basée sur la modification du nom du magasin qui est devenu « Chez Léon, au petit bénéfice ». Ce slogan racoleur mais porteur est perçu par la majorité des acheteurs comme : « Ici, on vend de la qualité, moins cher qu’ailleurs. »

- Lorsque mon père a demandé à Hector, son fidèle bras droit sur le marché, pourquoi il a voté pour Rex au scrutin communal de 1938, sa réponse est naïve : « parce qu’il offre de la bonne soupe ». Cependant, elle est révélatrice de l’état d’esprit d’une partie de la population. A quoi tient la démocratie, parfois à une gamelle remplie d’un liquide vaguement nourrissant …

- L’école juive, rue Bonne Nouvelle, ne verra jamais le jour et, pour cause, au moment où elle devait être opérationnelle, le 31 août 1942, 400 Juifs de la région liégeoise et parmi eux 35 enfants de moins de 15 ans, seront raflés et transférés à la Caserne Dossin, à Malines. On retiendra d’eux qu’ils faisaient partie du X è convoi du 15 septembre 1942 qui rallia Auschwitz-Birkenau et qu’aucun d’eux ne reviendra vivant.

- Ma mère m’a inscrit début mai à l’Ecole Communale de la rue Sainte-Marguerite. C’est pour moi un moment historique car je vais devoir m’intégrer dans un monde que je ne connais pas. (….) Un jour, M. Hansen m’a pris à part. Je parlais à l’époque un français teinté d’expressions wallonnes. Il l’avait remarqué. « Ici, mon petit, on ne parle que le français », me dit-il sur un ton qui ne prêtait pas à la discussion. Savait-il qu’il me volait à tout jamais une de partie de mon passé ?

- Je n’avais pas été épargné par un ostracisme de bas étage depuis mon entrée à l’école. Combien de fois n’ai-je pas entendu ces mots qui me faisa ient mal : « Tu viens manger notre pain, sale étranger, retourne dans ton pays ! »

- J’étais un des rares en âge de scolarité à ne pas fréquenter l’école catholique. Je ne faisais pas partie de l’Unité Scoute. Je ne rendais pas au Cercle et on ne me voyait pas à l’office dominical à l’église. Je vivais au milieu d’eux mais à leurs yeux, je ne faisais pas partie de leur clan.

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Vous pouvez trouver ce livre à librairie de la «Cité Miroir » place Xavier Neujean à 4000 Liège.