Une vie comme les autres de Hanya Yanagihara

Une vie comme les autres de Hanya Yanagihara
(A little life)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Blue Cat, le 20 décembre 2018 (Inscrite le 4 septembre 2018, 55 ans)
La note : 7 étoiles
Visites : 750 

On achève bien les chevaux...

JUDE, le personnage principal, a trois amis, le quatuor est inséparable depuis la fac. On comprend rapidement que Jude a eu une enfance très douloureuse sur laquelle il refuse de dire quoi que ce soit, même à ses trois amis intimes.

En fait, l'auteure dilue sur plus de 800 pages les révélations sur l'enfance et l'adolescence épouvantables de Jude. Ce garçon, abandonné très jeune, subit les sévices sexuels d'une suite de pédophiles, pour certains sadiques, pour l'un d'eux maquereau empochant l'argent des passes, pour un dernier (psychiatre), lui passant sur le corps en voiture après l'avoir séquestré et abusé longuement. Après ce dernier outrage, il semble qu'une assistance sociale le prend en charge.

Ensuite, et sans que la transition soit bien explicitée, Jude fait de brillantes études (il est supérieurement intelligent), et ne rencontre plus que des amis d'une dévotion absolue, ainsi qu'un couple formidablement généreux qui l'adopte officiellement. Il a d'excellents rapports avec ses collègues, et tout le monde l'admire et l'aime.

Là déjà, je tique. On passe d'un monde tout noir où le gamin ne croise QUE d'infâmes sadiques, à un monde tout blanc où tous lui vouent affection et admiration, sans recul aucun et sans s'agacer qu'il ne raconte rien de sa vie. Ce contraste absolu n'est pas crédible. Le réel est plus complexe que cela.

Mais Jude est profondément traumatisé par son enfance et son corps porte les séquelles ineffaçable des mauvais traitements qu'il a subis et qu'il continue de s'infliger à lui-même, à travers de longues séances de scarifications et une anorexie intermittente. Son refus de voir un thérapeute l'enferme dans un silence sur son vécu, silence qui envahit tout son psychisme jusqu'à frôler la psychose. Mais ses amis et parents adoptifs se relaient avec une dévotion proche du sacrifice de soi, afin de le 'garder en vie'. Aucun ne semble être pris par sa vie personnelle et professionnelle, Jude est la priorité absolue pour tous.

Là aussi, je tique. Cette amitié entre ces quatre amis, qui perdure sur des décennies, me semble bien peu crédible, quand on a lu quelques livres sur la sociologie de l'Amérique. L'un est blanc et juriste de haut vol (Jude), l'un est noir hétérosexuel et architecte, l'un est blanc bisexuel et acteur de cinéma, le dernier est noir homosexuel et artiste peintre. Je doute fort que, dans la réalité, ces quatre là se rencontrent...

Au fil des 800 pages, car le récit est vraiment très très dilué, on comprend que Jude est trop abîmé pour s'en sortir . Je ne dévoilerai pas la fin, mais disons que c'est un soulagement...

Alors, me direz-vous, ce livre vaut-il la peine d'être lu ? Ma réponse est oui.

Oui, car, malgré les lourdes invraisemblances et bien que le récit aurait gagné à compter 250 pages de moins, le personnage de Jude, qui s'efforce de fuir ses démons le plus longtemps possible, restera marqué dans ma mémoire.

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