Les violettes sont les fleurs du désir
de Ana Clavel

critiqué par Agnesfl, le 10 novembre 2018
(Paris - 55 ans)


La note:  étoiles
Sublimation du désir
« Je ne prétends convaincre personne dit Julien Mercader le narrateur en disant que j’ai cherché à consumer dans les violettes une passion qui me brûlait les entrailles, au lieu de diriger celle-ci vers l’objet réel qui l’avait si impitoyablement éveillée. Ou que j’ai cru aider à ma façon d’autres à se sauver."
Cet objet réel c’est sa fille Violeta qu'il désire fortement et qu’il compare à une fée : "Violeta allait avoir 12 ans. Je ne m’en souviens que trop bien car cela s’était passé peu après la fin des classes, lorsque la petite fit son apparition dans une saynète de lutins et de fées, en justaucorps dont l’ovale du décolleté dorsal laissait à nu son dos parcouru de petits mots alignés avec grâce et provocation jusqu’à sa nuque altière et en bas la ronde avarice de son derrière prêt à s’épanouir."
Plus âgée, elle deviendra sa nymphe des bois, son amazone, sa prêtresse. Mais refusant de se laisser aller à cette perversité, cet héritier d’une fabrique de poupées va reporter sa frustration sur ces poupées "les violettes", qu’il va modeler à sa façon. Il va les torturer, être torturé par elles et goûter les saveurs des parfums. Présentées lors d’une foire internationale, ces violettes vont obtenir un sérieux succès.
Cette histoire aboutit à un livre remarquable sur tous les plans : l’intrigue, l’atmosphère, les descriptions très recherchées, le style imagé et plein de symboles. L’auteur, une femme née à Mexico qui s’est glissée habilement dans la peau d’un homme a d’ailleurs obtenu pour ce récit le prix Juan Rulfo 2005, décerné par Radio Internationale. Il faut dire que cette romancière également plasticienne a vraiment l’art de nous captiver avec des phrases superbes, et son art de la suggestion. Par le biais de son personnage amoureux de ses violettes, elle entame une réflexion philosophique sur le désir et ses mystères. En référence à Tantale, elle prouve que le désir ne s’affadit jamais et qu’il permet d'extraordinaires sublimations. Un poétique témoignage sur ce qui constitue la quintessence même de la vie..
Agnès Figueras-Lenattier