Les trente empereurs qui ont fait la Chine
de Bernard Brizay

critiqué par Colen8, le 17 octobre 2018
( - 78 ans)


La note:  étoiles
Chine éternelle
Les préceptes humanistes de Maître Kong parfois désigné « roi sans royaume », phonétiquement Confucius pour les occidentaux, qui ont été transmis depuis plus de 2500 ans par les disciples sont aussi à l’origine des rituels régissant les relations sociales. Le taoïsme plus individualiste et mystique apparu avec Lao-Tseu à peu près à la même époque ainsi que le bouddhisme introduit plus tard par la route de la soie ont façonné l’âme chinoise. Un autre grand mouvement de pensée est celui du légisme porté par les lettrés œuvrant au service de l’Etat et de ses lois pour organiser la vie administrative et politique d’un immense empire à nul autre pareil.
Tels sont les fondements qui ont guidé les plus grands des empereurs dans le maintien de la cohérence du pays, qui lui ont permis de surnager à travers les soubresauts tourbillonnants de l’Histoire en dépit des menaces récurrentes des nomades barbares à l’extérieur, ajoutées à celles des révoltes suivies de guerres civiles intérieures. Même s’ils ont fait advenir des périodes fastes, créatives et prospères considérées comme des âges d’or dont les vestiges sont encore présents, favorisant le rayonnement de la cour, le développement de la littérature et des arts, l’expansion du commerce, ils n’ont pas été toujours exemplaires, loin de là.
Le titre de « Premier Empereur » ou Qin Shi Huangdi a été attribué à Zheng Ying arrivé au pouvoir en -221, celui dont la tombe et ses 6000 soldats de terre cuite mise au jour récemment a stupéfié le monde, celui qui a unifié la Chine et tenté de mettre fin au féodalisme au terme de conquêtes des états voisin du sien. Auparavant et pendant des siècles se sont succédé des dynasties impériales dont les premières relèvent plus ou moins de la mythologie. A nos époques mérovingienne et carolingienne correspond la brillante dynastie Tang pendant laquelle s’est hissée au titre d’impératrice la sulfureuse mais talentueuse Wu Zeitan dont la domination a duré un demi-siècle.
Le fabuleux voyage de Marco Polo au XIIIe siècle a eu lieu au moment de la conquête mongole par Kubilaï, petit-fils de Gengis Khan qui a détrôné une dynastie des Song du sud très affaiblie pour instaurer la sienne, celle des Yuan dans une Chine qu’il s’est efforcé de réunifier pour y restaurer la voie du raffinement et de la prospérité. Puis viendront les Ming, à nouveau des Han au pouvoir après une absence de 1500 ans, forts d’en avoir chassé les Mongols. Les Ming ont établi une dynastie brillante de 14 empereurs parmi lesquels Yongle signalé comme fondateur de la Cité Interdite. C’est lui qui aura l’ambition diplomatique de faire connaître le statut privilégié de la Chine en ordonnant à l’amiral eunuque Zheng He d’aller à la rencontre des autres pays et d’en faire des vassaux soumis à tributs. Une initiative sans suite malgré 20 ans et plus d’explorations des rivages asiatiques proches et lointains jusqu’aux côtes africaines, navigant à la boussole et à la voile à la tête d’une immense flotte bien avant les expéditions de Christophe Colomb.
Dernière dynastie à nouveau étrangère avant l’instauration de la République de Sun Yat-Sen en 1912, celle des Mandchous de la dynastie Qing pendant trois siècles. L’un de ceux qui se distinguent serait Kangxi le grand contemporain de Louis XIV qui accepte la présence à la cour des Jésuites pour leurs connaissances scientifiques et techniques. Les correspondances de ces derniers stimuleront dit-on Les Lumières et plus tard la Révolution Française… La décadence après cette période faste sera largement amplifiée sous les coups combinés des guerres anglo-françaises de l’opium suivis de la révolte des Taiping au tournant des années 1900.
L’histoire ne s’arrête pas à l’avènement de la République Populaire de Mao Zedong en 1949, lui-même et quelques autres dont l’actuel Xi Jinping étant assimilés à des empereurs « rouges » républicains. Les apparences positives de cette longue épopée ne peuvent pas masquer les violences sanglantes qui l’ont toujours accompagnée au point d’infliger des dizaines de millions de victimes entre deux phases de reconstruction : purges, trahisons, révoltes, massacres, déportations, travaux forcés, assassinats des héritiers ou successeurs présumés, luttes de clans, corruption, persécutions religieuses, totalitarismes en tous genres.
Cette reconstitution qu’on lit presque comme un reportage est fascinante, savamment documentée, parfois romanesque, au fond pas si éloignée de notre propre histoire occidentale. C’est celle de la civilisation la plus étendue, la plus peuplée, la plus nationaliste, la plus avancée sur la durée que le monde aie jamais connu malgré son côté sombre. Les repères cartographiques et chronologiques sont bien utiles pour ne pas se perdre dans ces lieux changeants, au milieu des nombreux acteurs de ces dynasties successives auxquels manque, et c’est dommage, un index des noms propres.