Hommage à la Catalogne
de George Orwell

critiqué par Henri Cachia, le 8 octobre 2018
(LILLE - 57 ans)


La note:  étoiles
Orwell le combattant P.O.U.M.
Une note de la traductrice Yvonne Davet débute cet ouvrage :
selon le désir de Georges Orwell (exprimé dans ses lettres à Yvonne Davet du 29 juillet 1946 et du 13 janvier 1947), les chapitres V et XI ont été reportés à la fin du livre, en appendice ; « Ils traitent de la politique intérieure de la révolution espagnole, écrivait Orwell, et il me semble que le lecteur ordinaire les trouverait ennuyeux. Mais en même temps, ils ont une valeur historique, et il serait dommage de les supprimer. En écrivant ce livre, j'ai tâché de concentrer mes réflexions politiques dans ces deux chapitres, et on peut les mettre à la fin sans interrompre le récit. »

Ces deux chapitres (60 pages), sont particulièrement intéressants et passionnants. Où Orwell se fait l'avocat du P.O.U.M.(Parti Ouvrier d'Unification Marxiste) qui a été la cible non seulement de Franco, mais également du parti communiste n'hésitant pas à faire une véritable campagne de diffamation, accusant le P.O.U.M. d'être à la solde d'Hitler et de Mussolini. Bref, des espions de la pire espèce.
Orwell, après enquête minutieuse des plus sérieuses, citant ses sources, coupant et recoupant de nombreuses contradictions, prouvera que ces attaques ne servait en fait qu'à disqualifier ce parti qui jugeait que la révolution ouvrière devait être internationale, ou ne serait pas.
Alors que le parti communiste ne souhaitait en fait qu'une révolution ouvrière associée à diverses couches de la bourgeoisie libérale, celles-là mêmes qui sont le soutien du fascisme quand il se propose sous une forme plus moderne.

Orwell, témoin et engagé dans le combat, écrit alors que la situation est en perpétuelle évolution, et qu'il n'en connaît pas encore la fin... Si toutefois il n'y a jamais de fin... à tout conflit. Avec ses revirements, ses trahisons, ses erreurs, ses méfiances, ses diffamations, qui débouchent par voie de conséquence sur des paranos empoisonnantes.
Malgré l'immense chaos qui se dégage de ce récit, l'auteur veille à relater le plus justement possible ce qu'il perçoit de l'intérieur. Les mauvais fusils imprécis et les bombes qui n'explosent qu'une fois sur deux, font que les balles qui crépitent autour des combattants ne leur font pas peur, et n'hésitent pas à se lancer dans des expéditions pour aller chercher du bois. Le froid dans les tranchées boueuses est bien plus redoutable.

Extrait:
... « … Si les mitrailleurs fascistes vous apercevaient, ils ne lésinaient pas à vous envoyer pour vous tout seul une caisse de munitions. Généralement ils visaient trop haut et les balles passaient au-dessus de votre tête en chantant comme des oiseaux, mais parfois cependant elles crépitaient et faisaient voler le calcaire en éclats tout près de vous de façon inquiétante, et alors vous vous flanquiez le visage contre terre. Vous n'en continuiez pas moins à aller cueillir des roseaux ; rien ne comptait à côté du bois à brûler. Comparées au froid, les autres incommodités semblaient insignifiantes... »...

« Hommage à la Catalogne » préfigure les écrits suivants de l'auteur. Nul doute que sa participation à cette guerre-révolution (qui aurait pu changer le cours du monde économique et politique, si elle n'avait été sabotée), donne encore plus de valeur à ses romans prémonitoires.