Mes vrais enfants
de Jo Walton

critiqué par Ludmilla, le 2 octobre 2018
(Chaville - 64 ans)


La note:  étoiles
Deux romans pour le prix d’un – mais pas seulement !
Début assez classique : une vieille dame, Patricia, dans une maison de retraite, se rappelle sa vie. Sauf que… malgré ses pertes de mémoire, elle se rappelle deux vies, ses deux vies dans lesquelles elle a eu des enfants, quatre dans l’une, trois dans l’autre. Deux vies très différentes dans deux mondes différents, l’un (à peu près) en paix, l’autre …

Un choix va faire basculer sa vie d’un côté ou de l’autre.
Une idée proche au départ de celle de Paul Auster dans « 4 3 2 1 », avec, à mon avis, un bien meilleur résultat…
L’air de rien, ce roman aborde des thèmes comme la place des femmes (qui, au début de la vie de Patricia, ne peuvent enseigner que si elles ne sont pas mariées), les risques du nucléaire, la tolérance, le rapport à Dieu, l’amour, les enfants, le handicap, …
Le tout sans que l’on s’ennuie une seconde !

« Et si les choix de chaque individu pouvaient changer le monde ? »
Le bon mot 8 étoiles

Patricia Cowan commence seulement sa carrière d’enseignante, quand elle reçoit un coup de téléphone de Mark, son fiancé resté à Oxford pour terminer ses études. En 1949, téléphoner signifie une nouvelle urgente. Et elle l’est. Mark lui demande de l’épouser...maintenant ou jamais.
En quelques secondes, Patricia doit décider de sa vie ; arrêter le métier qu’elle aime et devenir une mère au foyer (les femmes mariées n’ayant pas le droit de travailler), ou continuer à enseigner la littérature en toute indépendance.
Chaque choix l’emmènera dans deux vies radicalement opposées. L’une dans une vie de soumission où elle devra même renoncer à son prénom pour devenir Tricia, puis Trish.
L’autre, où elle sera Pat, femme libre et indépendante, amoureuse d’une femme, Bee.
Chaque vie aura son compte de bonheurs, de malheurs, de deuils. Dans chacune, elle sera maman. Puis une grand-maman très présente auprès de ses petits enfants.
Son premier choix nous décrira une vie banale et soumise au Royaume-Uni de 1926 à nos jours, les grands événements connus de l’Histoire contemporaine, quand l’autre nous emportera dans un monde futuriste, où elle tombera amoureuse de Bee et de la ville de Florence, mais un monde où l’arme nucléaire est largement utilisée sur la planète.

Deux histoires aussi passionnantes l’une que l’autre, où le lecteur, grâce au prénom porté par l’héroïne (Patsy, Pat, Tricia, Trish), ne se perd jamais. Même si la fin du livre se complique un peu quand la famille s’agrandit de nombreux petits-enfants, que l’on aura le temps de voir grandir eux aussi.
Comme sa maman avant elle, Patricia souffre de troubles de la mémoire. Arrivée à 90 ans, elle ne peut "choisir" sa vie, la vie qu’elle a vécu.
"Allongée sur le lit, tiraillée entre ces deux réalités, elle conservait tous les souvenirs de ses deux vies… mais cela ne pouvait être vrai. Une seule des deux familles était réelle, mais laquelle ? Elle les aimait tous."

Un roman double, dont les dernières pages qui décrivent l’amour de Pat pour tous ses enfants, et la détresse de ne plus savoir quelle vie elle a vécu, sont le plus émouvantes, tant le choix à faire est déchirant.
Et me revient le souvenir de films qui datent de 1993 d’Alain Resnais, Smoking, No smoking montrant comment un détail, un mot peut changer tout une existence.

Marvic - Normandie - 61 ans - 27 avril 2020