Absalon, Absalon ! de William Faulkner

Absalon, Absalon ! de William Faulkner
( Absalom ! Absalom !)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Tistou, le 7 juin 2004 (Inscrit le 10 mai 2004, 61 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (780ème position).
Visites : 5 018  (depuis Novembre 2007)

Ainsi va le sud

L'Amérique, les ETATS UNIS s'entend, a déja un destin à part. Mais dans l'Amérique, il y a, entre autres particularités, le Sud (MISSISSIPI, LOUISIANE,...). Bien marqué par l'histoire, la guerre de Sécession et ce rapport particulier des Blancs de là bas avec les noirs de là bas, ce territoire génère des destins et des vies pour le moins non-ordinaires (je ne dirais pas extraordinaires). William FAULKNER est un enfant du Sud (MISSISSIPI) et toute son oeuvre sera profondément imprégnée de cette malédiction qui semble frapper les Sudistes, de ces histoires souvent plus sordides les une que les autres. ABSALON ABSALON n'échappe pas à la règle. Il la magnifie même par un déchaînement de rebondissements successifs qu'on n'imagine même pas tant on croit à chaque fois avoir touché le fond. Il y a de la tragédie grecque revue et corrigée ambiance MISSISSIPI dans cette oeuvre, avec un pauvre blanc qui s'est senti humilié petit par un esclave noir, et qui a trouvé par là le moteur de sa vie à venir ; acquérir le statut de planteur et établir sa dynastie afin d'être reconnu en termes de pouvoir, autorité et prestige dans cette société sudiste. Et tous les moteurs ne fonctionnent pas forcément avec des carburants sympathiques. Ce moteur ci sera particulièrement nocif et on aime à penser que la situation s'est arrangée dans le Sud!
"Depuis un peu après 2 heures jusqu'au déclin du long et torride après midi de septembre, immobile torpide et mort, ils restèrent assis dans ce que Miss Coldfield continuait d'appeler le bureau parce qu'autrefois son père l'appelait ainsi-pièce obscure torride et sans air dont les persiennes demeuraient toutes fermées et verrouillées depuis 43 étés parce que du temps où elle était petite fille quelqu'un avait cru que la lumière et le déplacement de l'air véhiculaient de la chaleur et que l'obscurité était toujours plus fraîche, ..." Ainsi commence ABSALON ABSALON et cette touffeur, cette sensation d'étouffement, d'air vicié donne bien le ton de toute l'oeuvre.
Question traduction, on n'a pas affaire à l'éminent COINDREAU, habituel traducteur des autres oeuvres publiées en Français et je dirais qu'on sent la différence. Une chose est sûre, je ne voudrais avoir à traduire un tel texte!
Déchaînement de passions et sensation de l'inéluctabilité du destin caractérisent ABSALON ABSALON. Tragédie grecque je vous dis!

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Les éditions

  • Absalon ! Absalon ! [Texte imprimé] William Faulkner trad. de l'américain par R.-N. Raimbault avec la collab. de Ch.-P. Vorce trad. rev., préf. et notes de François Pitavy
    de Faulkner, William Pitavy, François (Editeur scientifique) Raimbault, René-Noël (Traducteur)
    Gallimard / Collection L'Imaginaire.
    ISBN : 9782070757008 ; EUR 12,90 ; 22/02/2000 ; 425 p. ; Poche
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Absalon Absalon ! Le sud et ses démons !! Chef d'oeuvre

10 étoiles

Critique de Lalige (, Inscrit le 16 novembre 2008, 43 ans) - 25 août 2013

Un homme creuse son sillon et poursuit son but mais à quelles fins ? Faulkner , son écriture transcende et bouscule par son style elliptique . Faulkner nous perd puis nous récupère le long de cette fresque familiale tragique sur fond de guerre de sécession. Un homme et ses descendants confrontés à leur destin dans le Grand Sud Poisseux des états unis.

Parfait

10 étoiles

Critique de Bookivore (MENUCOURT, Inscrit le 25 juin 2006, 35 ans) - 17 octobre 2010

Un classique absolu de la littérature américaine, un des plus illustres auteurs de sa génération, que dire de plus qui n'a déjà été dit ?

« Une atroce et sanglante mésaventure humaine ».

10 étoiles

Critique de Lucien (, Inscrit le 13 mars 2001, 62 ans) - 21 août 2004

"Demain, puis demain, puis demain glisse ainsi à petits pas jusqu'à la dernière syllabe que le temps écrit dans son livre. Et tous nos hiers n’ont fait qu’éclairer pour des fous le chemin de la mort poudreuse. Éteins-toi! Éteins-toi!, court flambeau! La vie n'est qu'une ombre errante, un pauvre comédien qui se pavane et se lamente pendant son heure sur le théâtre et qu'après on n'entend plus. C'est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien."
« Le bruit et la fureur »… la dette de Faulkner envers Shakespeare apparaît dans le titre de l’un de ses plus grands romans, emprunté à cet extrait de « Macbeth » (Acte V scène V) où s’exprime le désespoir du roi usurpateur qui vient d’apprendre la mort de sa femme.
L’influence shakespearienne est également patente dans « Absalon ! Absalon ! », et notamment cet inoubliable triple « demain » : « toutes les voix, les murmures de demain demain et demain, une fois passé le moment de la fureur ». L’homme égaré dans le temps, maillon illusoire d’une chaîne qui le joint inexorablement à ses ancêtres, à ses descendants, mais qui n’est au bout du compte qu’une chaîne de poussière.
Et puis, cette désespérance shakespearienne, ce « nonsense » qui éclate presque à chaque page devant l’inéluctabilité du malheur et la fragilité de l’existence humaine, mais nulle part peut-être mieux que dans cet extrait : « On laisse si peu de trace, voyez-vous. On naît, on essaye ceci ou cela mais on ne sait pas pourquoi on continue de l’essayer ; on naît en même temps qu’un tas d’autres gens, absolument embrouillé avec eux, comme si on était forcé, comme si on était obligé de faire mouvoir avec des ficelles ses bras et ses jambes, mais que les mêmes ficelles fussent attachées à tous les autres bras, à toutes les autres jambes, à tous les autres qui essayent également mais ne savent pas non plus pourquoi, si ce n’est que toutes les ficelles s’entrecroisent, comme si cinq ou six personnes essayaient de tisser un tapis sur le même métier, mais que chacune d’elle voulût tisser sur le tapis son propre dessin ; et cela ne peut pas avoir d’importance, vous le savez, ou bien Ceux qui ont installé le métier à tisser auraient un peu mieux arrangé les choses, et pourtant cela doit avoir de l’importance, puisque l’on continue à essayer, ou que l’on est obligé de continuer, et puis, tout à coup, tout est fini et tout ce qui vous reste c’est un bloc de pierre avec quelque chose de griffonné dessus, en admettant qu’il y ait quelqu’un qui se souvienne ou qui ait le temps de faire ériger un monument et d’y faire graver quelque chose, et il pleut dessus, le soleil brille dessus, et, au bout d’un peu de temps, on ne se rappelle plus ni le nom ni ce que les choses gravées tentent de raconter, et cela n’a pas d’importance. »
Non, cela n’a pas d’importance, du moins nous cherchons tous à nous en persuader, car la vie est une machine à transformer ce qui doit être en ce qui est, ce qui devait être en ce qui fut, et nous n’y pouvons rien. Et nous nous accrochons à nos rêves « car il y a cet aurait-dû-être qui est l’unique rocher où nous nous cramponnons au-dessus du maelström de l’insupportable réalité ». Nous nous accrochons comme Thomas Sutpen s’accroche à son désir, à son unique désir : avoir une descendance masculine. Pour que continue son nom. Pour que survive sa race. Et cela lui sera refusé car cela devait être – et la machine infernale du Destin à la grecque éclate à chaque instant dans cette « atroce et sanglante mésaventure humaine », mais il ne peut en être autrement car « Ceux qui ont installé le métier à tisser » sont toujours plus forts que ces misérables tisserands que nous sommes.
Tissu aussi que ce texte, que cette narration où s’entrecroisent les voix, Rosa Coldfield racontant à Quentin ces bribes d’une histoire telle qu’elle les a perçues ; M. Compson, le grand-père de Quentin (unique ami de Thomas Sutpen), comblant les trous d’après les confidences du principal protagoniste et permettant à Quentin de transmettre à son tour ce conte plein de bruit et de fureur à son ami Shreve ; Quentin et Shreve devinant parfois les bribes, reconstituant les pièces manquantes du puzzle, rapiéçant le tissu chamarré, rapiécé, chatoyant, usé, restaurant ou inventant cette parodie de tragédie sur fond de guerre de Sécession, cette anatomie d’une vengeance, cette épopée biblique transférée dans le comté d’Yoknapatawpha. Quentin et Shreve devenant tour à tour Henry Sutpen et Charles Bon, ou les deux ensemble, comme le lecteur devient à son tour Charles, Henry, Quentin, Shreve ou Thomas.
« Absalon ! Absalon ! » : le titre, jamais expliqué dans le texte, en constitue pourtant la clé de voûte. Faulkner a en effet transféré à ce comté d’Yoknapatawpha dont il se dit « Unique Possesseur & Propriétaire », de larges extraits de la Bible (du livre de Samuel). David, le berger devenu roi, prend les traits de Thomas Sutpen ; son fils aîné Amnon, qui tombe amoureux de sa demi-sœur Tamar, est Charles Bon, fils que Thomas Sutpen a d’un premier mariage et qui convoite sa demi-sœur Judith ; pour empêcher l’inceste, Absalon, le cadet, tue Amnon comme Henry tue Charles Bon. Quant à l’exclamation « Absalon ! Absalon ! », elle est prononcée par le vieux David quand il apprend la mort de son fils. Dans le roman de Faulkner, elle évoque sans doute l’amertume du vieux Thomas Sutpen devant la perte (la mort symbolique) de son fils Henry devenu impropre à ses espoirs de descendance suite à son geste fratricide.
Un roman qui ne s’offre pas immédiatement : il m’a attendu longtemps sur une étagère avant que je m’en imprègne comme d’un parfum de glycine, cette glycine qu’il a en commun (« Il était une fois un été de glycine ») avec « Histoire » de Claude Simon ; avant que je me laisse emporter (de nouveau comme pour « Histoire ») par ces phrases sinueuses, serpentines dont le venin éveille plutôt que d’endormir. Dont le venin éveille à une jouissance plutôt qu’à un plaisir, pour reprendre la distinction de Barthes.
Un roman foisonnant dont la force naît aussi des multiples tensions qui le charpentent : entre Nord et Sud, entre désirs et réalité, entre noirs et blancs, entre hommes et femmes, entre bergers et rois, entre pères et fils, entre frères, entre insectes, entre atomes. Jusqu’à ce que tout se résolve en « un bloc de pierre avec quelque chose de griffonné dessus » ou, pourquoi pas, un bloc de papier avec quelque chose de griffonné dessus, ce bloc de papier qui n’attend plus que le bon vouloir d’un lecteur pour exister encore un peu.


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