Trancher
de Amélie Cordonnier

critiqué par Killing79, le 18 septembre 2018
(Chamalieres - 39 ans)


La note:  étoiles
Violence et pardon
Présentation de l'éditeur
« Des pages et des pages de notes. Tu as noirci des centaines de lignes de ses mots à lui. Pour garder une trace, tenter de les désamorcer, avec le pathétique espoir qu'ils aillent s'incruster ailleurs qu'en toi. » Cela faisait des années qu'elle croyait Aurélien guéri de sa violence, des années que ses paroles lancées comme des couteaux n'avaient plus déchiré leur quotidien. Mais un matin de septembre, devant leurs enfants ahuris, il a rechuté : il l'a de nouveau insultée. Malgré lui, plaide-t-il. Pourra-t-elle encore supporter tout ça ? Elle va avoir quarante ans le 3 janvier. Elle se promet d'avoir décidé pour son anniversaire.


Mon avis: « Trancher » est un roman qui s’attaque à un sujet trop souvent négligé : la violence conjugale.

Dès les premières lignes, on entre dans le quotidien d’une mère de famille dont la vie de couple ordinaire bascule le jour où le mari tombe le masque et se révèle brutal. Alors, il n’est pas question de sang ou de bleus mais d’insultes. Le mari lâche des mots sans prévenir, d’une grande violence, qui surgissent et qui viennent frapper la conjointe en pleine face. Même si le choc n’est pas physique, l’impact est féroce sur l’instant et les effets dramatiques sur la famille entière.

La narratrice s’adresse à son personnage principal à la deuxième personne. En utilisant ce mode d’expression, on a plutôt l’impression qu’elle se parle à elle-même, comme pour se protéger de ce qui lui arrive, comme pour rester en retrait de la réalité. Elle décrit alors tout le processus émotionnel qui découle de ses échanges insoutenables.

Outre la dénonciation de l’agressivité, le livre s’intéresse plus particulièrement aux conséquences collatérales de cette situation. En effet, la victime se retrouve face à un choix cornélien. Elle est consciente que sa relation est toxique, elle veut s’en échapper. Seulement elle est toujours amoureuse de cet homme et elle s’accroche au souvenir de ce qu’il était avant les drames. Elle pense aussi à ses enfants et à l’équilibre de la famille. La décision n’est donc pas facile à prendre et elle va devoir « trancher » entre partir et pardonner.

Je ne crois pas que ce roman soit autobiographique, mais la réalité dégagée pourrait y faire penser. Les scènes et les sentiments paraissent tellement authentiques qu’on pourrait croire à une histoire vraie. Pour son premier roman, un peu court, Amélie Cordonnier nous ouvre les yeux sur la violence du quotidien et perce à jour la complexité du couple. Puissant et nécessaire !
Quand cela fait mal 8 étoiles

Bonjour les lecteurs ..
Premier roman d'Amélie Cordonnier et c'est une assez belle réussite.
"Trancher" est une histoire de femmes comme il y en a beaucoup.
Une histoire de maltraitance, non pas physique mais psychologique.
Une histoire d'amour
Aurélien est un pervers narcissique.
Aurélien c'est docteur Jekyll et mister Hyde.
Aurélien l'a toujours insultée.
Après une première rupture qui a duré sept ans, le couple s'est reformé, a eu un deuxième enfant ... Quatre ans d'accalmie avant un retour à la case départ .
Elle, c'est la narratrice.
Elle, elle l'aime, a voulu et veut y croire encore
Elle, elle a sombré, est partie, revenue.
Elle, elle ne sait plus.
Voici un récit inspiré d'une histoire vraie ( on espère que ce n'est pas la sienne !)
Un récit poignant et dur sur la maltraitance au travers des mots.
On peut se poser la question :
Pourquoi être restée?
Pourquoi être revenue?
Pourquoi avoir tant de fois pardonné?
Parce qu'il n'est pas si simple de trancher ..
Parce que l'homme que l'on a en face de soi, on l'aime et s'est avec lui qu'on veut construire sa vie.
Parce qu'on manque de force ou au contraire on s'imagine pouvoir supporter.
Parce qu'il y a les enfants.
Parce que …on ne sait plus pourquoi !
Tant de femmes dans cette situation.
Tant de femmes qu'on ne soupçonne pas.
Tant de femmes.. ne les jugez pas … cela pourrait être vous.
Ce roman fait peur
Ce roman fait mal.. même si par moment j'ai eu envie de secouer la narratrice, lui dire de foncer sans se retourner.

Faby de Caparica - - 57 ans - 17 octobre 2018