A son image de Jérôme Ferrari

A son image de Jérôme Ferrari

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Killing79, le 14 septembre 2018 (Chamalieres, Inscrit le 28 octobre 2010, 39 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (11 051ème position).
Visites : 426 

L'effet Ferrari

Ce somptueux roman en forme de requiem pour une photographe défunte est aussi l'occasion d'évoquer le nationalisme corse, la violence des guerres modernes et les liens ambigus qu'entretiennent l'image, la photographie, le réel et la mort.

Mon avis: Jérôme Ferrari est un auteur qu’il m’est toujours difficile de chroniquer. A chaque nouvel opus, j’ai du mal à poser des mots sur mon ressenti. En effet, à la fermeture de ses romans, je suis toujours emballé mais il m’est toujours compliqué de comprendre pourquoi. « A son image » ne déroge pas à la règle.

A l’instar de ses précédentes œuvres, il s’empare de thèmes et y apporte son regard personnel. La guerre est une toile de fond de son histoire. Que ce soit en Yougoslavie avec son excès de cadavres ou en Corse avec son nationalisme décadent, les conflits vont traverser la vie d’Antonia, photographe professionnelle.

Mais ce livre est surtout une ode à la photographie. On sent dans ce texte toute l’admiration que porte l’auteur à cet art. Il essaye de l’analyser, de l’expliquer en le transposant dans le milieu guerrier. Il peut ainsi étudier le rapport entre l’image et la mort. Dans ce contexte particulier, il s’interroge sur l’impuissance du métier de reporter sur ces champs de bataille et sur la limite assez ténue qui existe entre information, intimité et obscénité.

Comme les thèmes abordés ne m’attirent pas outre mesure, comme l’histoire racontée est plutôt banale, après réflexion, je crois que c’est l’écriture de Jérôme Ferrari qui fait la différence. Son style d’une remarquable élégance, parsemé de magnifiques longues phrases, imprime un rythme envoûtant à l’histoire. Parfois maniéré, j’imagine qu’il peut rebuter certains/es lecteurs/rices mais sur moi, il produit un effet fascinant presque mystique.

Comme d’habitude, Jérôme Ferrari a écrit un court roman qui dégage une grande densité littéraire. Grâce à sa plume soignée, il arrive à concentrer les idées et les émotions pour entraîner le lecteur dans son univers. En peu de mots, il pose un œil avisé sur tout ce qui l’entoure : le FLNC et son évolution dans le temps, les guerres et leur utilité mais aussi la religion. En bon professeur de philosophie, il nous amène à nous poser des questions sur des sujets qui ne nous sont pas familiers. Je suis donc une nouvelle fois sous le charme de cet écrivain qui sait transcender la matière de ses histoires pour en faire des créations artistiques.

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La photographie, la guerre, la mort

10 étoiles

Critique de Tanneguy (Paris, Inscrit le 21 septembre 2006, 79 ans) - 18 octobre 2018

Antonia est une jeune femme dont nous assistons aux obsèques dans un petit village de Corse du Sud : elle vient de disparaître dans un banal accident de la route. La messe est célébrée par son parrain qui "revoit" les épisodes de sa vie bien remplie marquée par sa passion de la photographie qui lui donnera l'occasion de côtoyer bien des évènements marquants de ce siècle. Pourtant ce n'est pas une "star" de la photo et elle couvrira d'abord le quotidien banal de sa région, mariages, enterrements, comices agricoles ou non. Elle nous emmènera aussi et surtout en Yougoslavie et dans la guerre civile corse. Chaque cliché est analysé par référence à la mort, imminente ou déjà survenue, et aux atrocités souvent attachées. Mais pas de voyeurisme, rien de choquant, beaucoup de réflexions profondes.

L'originalité du récit, et son charme, tient à la forme adoptée par l'auteur : chaque chapitre se réfère au rituel de la cérémonie et aux chants traditionnels, Dies irae, Libera me, Requiem aeternam, etc...Beaucoup d'émotion sincère

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