Quand Paris était un paradis de Maurice de Waleffe

Quand Paris était un paradis de Maurice de Waleffe

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par Alceste, le 4 septembre 2018 (Inscrit le 20 février 2015, 57 ans)
La note : 10 étoiles
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Vie romanesque et prose étincelante

Etonnant personnage que ce Maurice de Waleffe ( 1874-1946 ), Cartuyvels de son vrai nom, né dans la vallée de la Meuse liégeoise et monté à Paris à l’âge de 20 ans pour y devenir journaliste. Cette existence de journaliste va lui permettre de rencontrer les grandes figures parisiennes, comme le titre l’annonce, mais également une foule de personnages du monde entier. Par bonheur, un index range leurs noms, dont le nombre s’élève à près de huit-cents, par ordre alphabétique.
Homme dynamique et entreprenant, de Waleffe a pris la tête d’une association de la Presse Latine, qui cherchait à renforcer les liens entre journalistes de langue romane, de l’ Europe à l’Amérique. Le (trop) peu de notoriété qui lui reste, il le doit au lancement du premier concours français de beauté féminine , appelé à devenir le concours Miss France. Un long chapitre est consacré aux aléas de cette aventure.
Ces Mémoires qui s’étendent sur une période de 40 ans enchaînent des centaines d’anecdotes de sa romanesque vie. « Enchaînent » est le terme juste car chaque anecdote est reliée à la précédente par une rigoureuse transition. Il n’est pas journaliste pour rien.
Et c’est un déferlement d’historiettes amusantes, de révélations stupéfiantes, de confidences, d’indiscrétions, de témoignages émouvants ou cruciaux, de réflexions douces-amères ou spirituelles qui commence dès l’ouverture et nous entraîne jusqu’à la dernière des 555 pages. Tout cela est vif, alerte, pétillant d’humour, d’intelligence, d’esprit, de culture. De surcroît, nous sommes gratifiés de loin en loin d'un sonnet de la plume de l’auteur lui-même, qui illustre sur un autre ton l’événement rapporté.
On peine à choisir un extrait éclairant tant ils se valent. On pourrait évoquer le moment où, sous un déguisement d’enfant de chœur, il assiste clandestinement à une hallucinante et ténébreuse messe célébrée par Pie XI dans la chapelle Sixtine, ou celui où, accroché aux « piombi » du Palais des Doges, il observe,, au péril de sa vie, les combats entre les Italiens et les Autrichiens. Il n’y a donc pas que des mondanités dans ces souvenirs, même si la haute société est celle où il a le plus fréquenté, comme en atteste par exemple les indiscrétions qu’il a recueillies auprès de Cléo de Mérode, célèbre beauté parisienne, sur ses relations avec Léopold II, ou l’épisode, relaté dans cet extrait, à propos de Dal Piaz, sorte d’émule des grands financiers tels que Nagelmakers ou Empain :
" Il bâtit de toutes pièces une vingtaine d’hôtels luxueux (en Afrique du Nord)s, reliés entre eux par d’excellentes routes qu’il fit sortir des sables et des rochers, œuvre géante, mais qui, financièrement, la débâcle boursière américaine de 1930 survenant, ne peut rémunérer ses capitaux.
Nous l’avions pourtant ouverte fastueusement, inaugurant d’abord la route d’Alger vers Marrakech, puis celle d’Alger vers Tunis. Au retour de cette seconde randonnée, sur le bateau qui nous ramenait à Marseille, on organisa un tournoi de poésie sur ce thème : « Quel est votre meilleur souvenir de voyage ? » Nous avions à bord d’illustres paysagistes, tel M. André Chevrillon. Dommage que leurs réponses soient perdues ! Je me rappelle la mienne, parce qu’elle était en vers. Le vers est un fixatif :

Le meilleur souvenir de mon voyage ? Mon Dieu !
Chaque âme fait son miel où son désir se pose :
L’un revoit ta mosquée, ô Kairouan ! à cause
D’un lac de marbre blanc dormant sous un ciel bleu.

L’autre voit des coursiers en caparaçon rose
Faisant sous leurs sabots voler un sable en feu.
Le marchand voit des souks, et l’artiste s’émeut
D’une oasis flambant dans une apothéose.

Mais ceux à qui l’amour et la vie ont fait mal
Voient des ruines : Carthage acclamant Hannibal
Debout, le rire aux dents, sur sa galère rouge !

Ou bien l’Ouled-Naïl, assise dans la nuit
Dont les baisers vendus sans que la croupe bouge,
Chauds comme le désert, sont muets comme lui.

On ne peut faire tenir toute l’Afrique dans un sonnet. J’aurais voulu y ajouter Sidi-bou-Saïd, qui marque la pointe du golfe où s’ouvre le roman de Salammbô : « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. » "

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