L'Opus Dei dans le monde et en France de Philippe Liénard

L'Opus Dei dans le monde et en France de Philippe Liénard

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Essais

Critiqué par Le rat des champs, le 19 août 2018 (Inscrit le 12 juillet 2005, 69 ans)
La note : 10 étoiles
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Oeuvre de Dieu ou sainte mafia?

Comme la Franc-Maçonnerie, les Illuminatis, le Bilderberg, et bien d'autres associations secrètes ou discrètes, l'Opus Dei représente un mystère qui alimente régulièrement les fantasmes et les théories du grand complot. L'auteur de ce livre, qui a nécessité un énorme travail de recherche et de documentation, replace l'Opus Dei dans son cadre historique, nous relate sa fondation par un prêtre espagnol nommé José Escriva ou Escriba, qui trouva plus chic se se faire appeler plus tard Josémaria Escriva de Balaguer, que Dieu lui pardonne cette petite pointe d'orgueil pas bien méchante. L'Opus qui était considérée avec beaucoup de méfiance par le Vatican, et notamment les papes Jean XXIII et Paul VI, ainsi que par les jésuites, prêche à ses adeptes la pauvreté, mais possède une fortune incalculable, qui lui a permis de sauver le Vatican de la faillite dans laquelle l'avaient précipité de nombreuses "affaires" à la fin des années soixante-dix, notamment le krach du Banco Ambrosiano, et de la banque du Saint Esprit. On se souviendra des liens entre certains prélats du Vatican et la loge pseudo-maçonnique P2, dévoyée et gangrenée par des personnages mafieux, tels Licio Gelli,. C'était à cette époque que le banquier Roberto Calvi fut retrouvé pendu, "suicidé" avec deux blocs de béton aux pieds, sous un pont à Londres. C'est aussi à ce moment de crise que le pape Jean-Paul Ier disparut après 33 jours de règne dans des circonstances mystérieuses, jamais élucidées.
L'avènement du pape suivant, Jean-Paul II qui a eu un pontificat exceptionnellement long, de vingt-six ans, a été largement l'occasion de montrer sa reconnaissance à l'Opus, d'abord en lui accordant le statut extraordinaire de "prélature personnelle", que les papes précédents lui avaient toujours refusé, interdisant aux évêques locaux de se mêler des affaires opusiennes, puisque dorénavant, ils ne devaient rendre des comptes qu'au pape seul. Ensuite à la mort de José Escriva, il fut canonisé en un temps record, sous le nom de saint Josémaria. Enfin, deux tiers des cardinaux ont été nommés par le pape polonais, et il ne fait aucun doute qu'une grande partie d'entre eux appartient à l'Opus Dei.
Actuellement, l'Opus Dei, l'Octopus, la pieuvre, comme la surnomment certains détracteurs, a des bras dans le monde entier. Elle se veut impénétrable et secrète. Par exemple, un Franc-Maçon a le droit de se dévoiler et de proclamer son appartenance, c'est d'ailleurs ce que fait l'auteur. En revanche, un membre de l'Opus Dei n'a pas le droit de divulguer à qui que se soit son appartenance personnelle.
Très hiérarchisée, l'Opus comprend des numéraires, qui représentent une certaine élite, qui doivent avoir un diplôme universitaire, qui, même laïcs, doivent faire des vœux de pauvreté, d'obéissance et de chasteté, et donc, à qui le mariage est interdit. Cette "aristocratie" vit dans des maisons qui appartiennent à l'oeuvre. Il y a les "oblats" qui doivent avoir fait les mêmes vœux mais qui peuvent vivre dans une maison ou un appartement en ville, les "sur-numéraires", qui sont, si je peux me permettre l'expression, les "petites mains", ceux qui doivent servir les autres, la serpillière étant leur instrument, après le chapelet, bien entendu. Tous doivent verser un tiers de leurs revenus à l'Opus.
L'auteur, Franc-Maçon assumé et revendiqué, s'étend assez longuement sur les rapports entre l'Opus Dei et la Franc-Maçonnerie, qui sont on ne peut plus conflictuels, puisque les Francs-Maçons sont considérés comme des serviteurs de Satan par les opusiens. De leur côté, on ne peut pas dire que les Maçons débordent de sympathie pour "saint Josémaria" ni pour son oeuvre. Il s'agit donc de deux sociétés humaines, l'une secrète, l'autre discrète, la première étant fondée sur la recherche de la sainteté par le travail, l'ascèse et la mortification y compris par le port du cilice, afin de participer dans sa chair aux souffrances du Christ, la seconde étant basée sur la liberté, la spiritualité et la fraternité dans la joie et disons-le franchement, un certain art de vivre épicurien. Ce que représente l'Opus Dei dans le monde, en Belgique et en France est clairement expliqué. Pour la Belgique, il n'est pas exagéré de dire qu'elle occupe une place "royale", vu son influence sur le feu roi Baudouin via son épouse, qui venait de l'aristocratie espagnole très catholique, pour ne pas en dire plus. Les liens de certains proches du Palais Royal avec l'Oeuvre ne font aucun doute, mais l'auteur n'affirme rien sans preuve, ce qui est une des lignes de force de ce livre que je recommande absolument.

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