Fragments (5) de Géraard Paris, Laurence Izard (Dessin)

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Débézed, le 12 août 2018 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 71 ans)
La note : 8 étoiles
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Pèlerin de l'absolu

Comme son titre l’indique cet opus est le cinquième d’une série peut-être pas close, le premier édité par Claude Donnay dans sa petite mais très sélective maison d’édition : Bleu d’encre. Avant d’analyser le contenu de ce recueil, je voudrais souligner la qualité formelle des ouvrages publiés par Bleu d’encre et, pour celui-ci, évoquer les jolies illustrations de Laurence Izard qui donnent une apparence concrète au monde créé par Gérard Paris.

Les fragments de Gérard Paris – il y en a sept (un pour chaque jour de la semaine ?) pour chacun des vingt-neuf paragraphes du recueil - sont des concentrés de textes : une formule, un aphorisme, un paradoxe, une allitération, une assonance, simplement quelques mots pour dire l’essentiel sur un sujet que l’auteur ne développe pas, il laisse son développement dans des points de suspension que le lecteur devra remplir en fonction des impressions personnelles qu’il tirera de sa lecture. J’imagine l’auteur comme un alchimiste penché sur sa cornue alambiquée distillant son vocabulaire pour en tirer l’essentiel (« Malaxer, torturer, sertir l’essence des mots… », les quelques mots qui évoqueront le monde comme il le voit, comme il le vit, comme il le rêve. Un monde en équilibre entre le rêve et la réalité, un monde entre la vie et la mort, la mort qui n’est pas une fin mais simplement un ailleurs. « Mort et vie s’entrelacent dans une spirale de feu et de cendres… ». Dans son premier fragment, il indique clairement au lecteur où il souhaite l’emmener : « Le connu (le formel) me dérange, l’inconnu (l’informel) me fascine… », le lecteur devra donc imaginer cet informel pour meubler le texte laissé en suspension par l’auteur.

Si j’osais une image iconoclaste, je dirais que le poète comme le journaliste cherchant son titre doit trouver les quelques mots qui diront tout sans qu’il soit nécessaire de lire la suite. Cependant, le journaliste développe car il doit vendre ses mots alors que le poète se contente d’éveiller la conscience du lecteur par l’esthétisme de son langage. Alors, Gérard Paris distille ses mots, les agence pour qu’en une brève formule, ils conduisent le lecteur là où il voulait le conduire.

Dans ces fragments les mots se heurtent souvent, comme des contraires qui s’attirent, comme des contraires qui se complètent car le monde de Gérard Paris ne semble pas un, il apparait divers, complexe, multiforme. « Le lieu, le lien, la lie : triptyque d’une trame unifiée et décomposée… ». Il utilise aussi les mots dans leurs diverses acceptions pour formuler des sentences démontrant la complexité du monde, de la vie, de l’ici, de l’ailleurs, l’illusion des religions… « La vérité de l’être, l’être de vérité… ».

« Mille voix bruissent en moi : je n’en perçois qu’une… ». Serions-nous comme l’auteur sourds aux mille voix qui voudraient nous éclairer, nous montrer la complexité du monde que nous croyons toujours trop simple ?

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