La vie 3.0 - Etre humain à l'ère de l'intelligence artificielle
de Max Tegmark

critiqué par Colen8, le 15 juillet 2018
( - 78 ans)


La note:  étoiles
Invitation à participer massivement au débat
L’intelligence artificielle a changé de braquet en intégrant dans des portes logiques des algorithmes associatifs de type neuronal construits de façon récurrente à partir d’objectifs et de données multiples, indépendamment du support matériel. Résultat : une capacité spectaculaire d’auto-apprentissage sans programmation préalable. On parle dorénavant de l’intelligence artificielle générale (AGI) qui veut rattraper l’intelligence humaine(1), et sans doute à terme la dépasser.
Sa progression fulgurante de ces dernières années stupéfie les experts eux-mêmes au point qu’ils se concertent par milliers pour en orienter les réalisations vers le bien commun, comme l’ont fait avant eux leurs homologues chimistes, biologistes et physiciens vis-à-vis des armes de destruction massive(2). C’est maintenant aux instances dirigeantes de tous les pays de combler leur retard criant en matière de droit et d’arsenal législatif sur un sujet éminemment complexe.
Si le potentiel de création de richesse de l’AGI est immense on est loin du compte en matière d’emploi(3), d’où les discussions sur la généralisation d’un revenu universel. Et que dire de menaces en germe susceptibles d’anéantir le genre humain aussi sûrement qu’une guerre thermonucléaire mondiale, consistant à lancer des millions de minuscules drones tueurs autonomes ou des cyberattaques à effet retard capables d'infecter les réseaux mondiaux de communication et d’échange ?.
Qui dit cosmos dit origine de la vie en référence aux poussières d’étoiles qui ont ensemencé la Terre. Rien d’étonnant donc à ce que le physicien et professeur de cosmologie au MIT Max Tegmark se soit mis à suivre de près les développements de l’AGI. Les enjeux en sont tels dans tous les domaines de la vie courante, notamment sur les aspects de validation, de contrôle, de sécurité, qu’il s’efforce ici d’expliquer au grand public le comment et le pourquoi de ce qui va transformer notre vie, sans parti pris dit-il autre que celui d’une invitation à s’y impliquer massivement et à protéger notre bien le plus précieux, la vie elle-même.
Avec lui et quelques autres la physique des particules entre dans la danse pour tenter de comprendre l’apparition de l’intelligence puis de la conscience. Les hypothèses fleurissent sur l’émergence de ces propriétés du vivant, rejoignant donc le questionnement philosophique des derniers millénaires, et qui pourrait correspondre à une configuration particulière de quarks et d’électrons. Quand la démonstration scientifique tiendra la route, rien n’empêchera le téléchargement de tout ou partie d’un cerveau vers la machine ou son émulation sur un support matériel quelconque, lui conférant au passage sa propre conscience !
Loin de s’arrêter à ce seul objectif le voilà parti dans des scénarios à 10 000 ans ! Une super-intelligence entreprendrait la colonisation du système solaire en tirant son énergie des sphères de Dyson. Plus loin encore dans le temps et dans les limites de la physique théorique se produirait la conquête des galaxies alimentées par des centrales à trou noir ou mieux, des sphalerons. La science-fiction serait ravalée au rang de pâle copie de la réalité de demain.
(1) AGI pour Artificial General Intelligence désignée encore par les termes « IA forte », « IA profonde » en référence à son architecture analogue à des réseaux neuronaux profonds
(2) Réunis au sein du FLI (Future for Life Institute), association à but non lucratif fondée par l’auteur en 2014, qui s’est donné pour mission de protéger la vie contre les menaces nucléaires, biologiques, climatiques et bien entendu de l’IA - https://futureoflife.org/
(3) Pour des revenus cumulés de General Motors, Ford, Chrysler en 1990 équivalents à ceux de Google, Apple, Facebook en 2014, les effectifs des premiers étaient 9 fois supérieurs à ceux des seconds mais leur capitalisation boursière 30 fois inférieure.