Beau temps pour les couleuvres
de Patrick Caujolle

critiqué par Mimi62, le 8 juillet 2018
(Plaisance-du-Touch (31) - 71 ans)


La note:  étoiles
Ecriture riche, polar intéressant mais ensemble surprenant
Une trame correctement construite, un dénouement très intéressant.

Pour l'écriture la situation est tout autre.

L'auteur a édité et a été primé pour plusieurs ouvrages de poésie. Cela se sent dans le style. L'écriture est par moment très belle, l'écrivain se laisse emporter par sa plume mais cela dénote dans le contexte. Certaines fois, on ne comprend pas toujours l'intention du propos de l'auteur. Il est aussi parfois agaçant de rencontrer des mots d'argots sans aucune explication. Il semble évident que le lecteur, quel qu'il soit, connaît le parler de ce milieu et de cette région.
Par ailleurs, il puise parfois son inspiration du côté de chez Dard,
Cet ensemble est déstabilisant, on ne sait pas trop dans quel style on s'oriente, ion s'installe dans un flux et brusquement, sans prévenir, on est entraîné dans un autre. Fatigant et, pour ma part, déplaisant.
Des dissonances existent également. Par exemple, une jeune fille présentée comme artiste, plutôt délicate, sensible se trouve affublée de dialogue que n'aurait pas renié ledit Dard.

Cela se déroule dans Toulouse et il est plaisant d'identifier des lieux que l'on connaît si l'on est de la région, mais cela n'apporte rien de particulier à l'intrigue. Toulouse ne sert pas de décor pour un atmosphère juste de référence pour des noms de lieux.

Qu'en dire au final. Difficile de donner une opinion générale tant le style si particulier plaira à certains et fera fuir d'autres.
Vous aimez les passages un peu lyriques, n'apportant que peu à l'écriture mais offrant une belle page d'écriture ? Ce livre devrait vous plaire.
Vous aimez le polar carré, un récit fluide, qui coule, sans digression ? Je ne vous conseille pas ce roman.
Vous appréciez les intrigues avec une chute rebondissante, alors tentez le coup.

14 pour la trame polar
12 pour l'écriture du polar
16 pour l'écriture "littéraire".

Quelques extraits pour illustrer ces propos.

"Les couleurs, c'est comme les mots : si on les mélange, si on les broie, c'est précisément pour ne pas être broyé soi-même."
"Son regard, comme une main tendue, attendait désormais l'autre, celui de Duval qui, comme anesthésié, cherchait manifestement dans le fond du silence le réconfort et la présence que ces dernières paroles appelaient désespérément."
"Comme une sortie de secours de l'angoisse, le demi-sourire de Gégé raccompagna Marcel Duval jusqu'à la porte du bureau où l'attendait un gardien."
"Tôt ou tard, dans sa geôle ou dans la voiture , inéluctablement, le silence sera à nouveau là, telle une épine, à déchirer systématiquement l'étoffe des mots. Il sera toujours là, massif,prêt à s'imposer, comme une ombre inséparable, comme une racine au coeur."
"Le lundi matin, comme un clou enfoncé dans le peu de motivation qui lui restait, Gégé Escaude croisa son chaleureux commissaire dans l'ascenseur puis commençait à peaufiner son "arabe" en bossant sur les CD d'écoute du week-end, lorsqu'un coup de fil de l'identité judiciaire l'extirpa des onomatopées des primates zonzonnés."
"Le moment lourd par excellence. Celui où l'amure des certitudes se fait pulvériser par la gouttelette qui s'immisce."
"21h, rue des chalets, et là-haut, à peine contrarié par les étoiles, une nuit qui venait de prendre définitivement sa décision."
"De tous côtés, seules quelques lueurs éparses laissaient suinter au travers des volets ouverts les captivants programme d'une émission télé-réalité ou d'un soporifique match de foot, alors qu'au-dessus, trop voûtée pour pouvoir agir, la lune se contentait de découper quelques nuages gênants."