Grand frère
de Mahir Guven

critiqué par Ddh, le 2 juin 2018
(Mouscron - 77 ans)


La note:  étoiles
Djihad, Islam, drogue, humanitaire
Grand frère et petit frère forment la trame de ce roman hors du commun.
Grand frère et petit frère vivent leur vie mais de façon particulière : grand frère se drogue, deale, se fait prendre, essaie de se reprendre et devient taxi-man VTC (Uber) tandis que petit frère aspire à un idéal, l'islam, infirmier de profession, il s'engage dans l'humanitaire mais islamique : la frontière avec le djihadisme est ténue ! L'éducation reçue est dure auprès d'un père taxi-man parisien mais qui rêve du pays perdu, Palmyre !
Très particulier, le style de ce roman : un glossaire de 8 pages le clôt avec des termes en verlan, argotiques, arabes, turcs, ... Ça ralentit le lecteur ! L'intrigue ne manque pas d'intérêt mais tout baigne dans l’extrême.
un roman à découvrir 8 étoiles

« Grand frère »
roman de Mahir Guven
éditions Philippe Rey
271 pages
octobre 2017


Ni rire, qui en a envie ?, ni pleurer mais comprendre

Si ma fille Aline ne m'avait pas laissé ce livre sur une étagère je ne l'aurais pas eu entre mes mains .

Cela aurait été dommage !

Ce livre écrit à un rythme accéléré, avec les mots expliqués de la cité et bien construit est passionnant et instructif.

C'est le « dialogue » entre deux frères « d'origine « syrienne, l'un est chauffeur VTC et l'autre, idéaliste ou un peu perdu qui passe de l'hôpital où il est infirmier, « au terrain », là bas en Syrie....

Grand frère fait tout ce qu'il peut pour s'en sortir financièrement car si au début la conduite VTC marche bien, il finit comme ses collègues à travailler beaucoup pour gagner moins....

Il vit avec son temps et a une relation plutôt distante avec la religion : croyant mais peu pratiquant.

Petit frère lui ne se déplaçait qu'à vélo. Voici ce qu'en pense son grand frère « D'après lui, le moteur était haram. Mon daron ( père), ça lui cassait la tête mais il ne bronchait pas. J'étais déjà assez grand pour comprendre qu'il flippait que mon frère parte en vrille »

Leur père est chauffeur de taxi, il combat les VTC et pour cause : il a payé sa plaque, lui.... quant à la religion, ce n'est pas son truc

Petit frère n'est pas un terroriste, il veut faire dans l'humanitaire et partir « au pays » pour soigner, voire opérer les blessés et servir.

Mais l'engrenage est fort, c'est une prison mentale qui enferme l'individu qui ne peut plus se libérer.

C'est la mort ou la mort, à moins que la fuite permette de construire autre chose un jour mais à l'impossible nul n'est tenu, et ceci malheureusement.

Entre le monde ubérisé et le libéralisme ambiant et la fuite vers le djihad en Syrie, il y a un espace à trouver, c'est ce que recherche le grand frère .

C'est une quête difficile mais nécessaire et indispensable .

Le grand essaye de convaincre le petit de l'accompagner.... Est-ce possible ou est-ce trop tard ?

Peut-on sortir de « la terre des fous et des cinglés . Là où pour une cigarette grillée, on te sabre la tête » ?

On sent que ce roman est une histoire vécue et racontée par l'un des acteurs, celui qui est resté et qui souffre doublement : une fois parce que son frère est parti en enfer et une autre fois parce que « le départ du petit frère, ça a démoli le daron. »


A lire absolument

Jean-François Chalot

CHALOT - - 71 ans - 6 février 2019