Les Suprêmes chantent le blues
de Edward Kelsey Moore

critiqué par Sorcius, le 1 juin 2018
(Bruxelles - 51 ans)


La note:  étoiles
Un joyeux blues qui vous brise le coeur
Quel bonheur de retrouver nos trois amies, Odette, Clarisse et Barbara Jean.
Le temps a passé et d'autres aventures viennent les entraîner dans leurs tourbillons d'humour, de tristesse et de nostalgie parfois, mais toujours d'optimisme féroce.

Le livre tourne autour du personnage d'El Walker, un guitariste de jazz surdoué, natif de Plainview qu'il a fui il y des années en jurant de ne jamais y remettre les pieds.
Mais la vie en a décidé autrement et son retour va bouleverser l'existence de nos trois amies.

Le titre origine anglais résume parfaitement bien le roman: les Suprêmes chantent le "joyeux Blues qui vous brise le cœur".
L'histoire est plus poignante que celle du premier tome, le rire par contre est toujours bien présent et on ne peut que déguster avec délice ce roman magique et magnifique, hymne à l'amitié sur fond d'un air de jazz qui vous hante tout au long du livre.
Heuresement que la musique est là quand le coeur n'y est pas 7 étoiles

J'ai passé un très agréable moment de lecture avec les "Suprêmes", même si la mélancolie de nos vies baigne cet émouvant roman de Edward Kesley Moore. D’abord parce que les personnages principaux sont soient au crépuscule de leur vie, soit ont l’âge d’en faire déjà un bon bilan. La question des parents qui ont failli à l’éducation (les pères en particulier, avec le personnage de El Walker, chanteur de blues camés et alcooliques) est également omniprésente, ainsi, qu’en arrière-plan, les questions raciales et sociales.

Cela aurait pu ou dû plomber l’atmosphère, mais tout l’art de l’auteur a été de traiter ces thématiques avec décalage, un zeste de fantaisie et d’humour. L’amitié indéfectible qui lie les trois « suprêmes », Odette, Barbara-Jean et Clarisse, les trois personnages féminins, fait également chaud au cœur et montre qu’il est possible d’affronter les démons de l’existence grâce à la fraternité et un peu de dérision. Et de musique aussi, celle-ci étant un autre des fils rouges récurrent du livre, le blues en particulier, pour chanter avec sensibilité les aléas cruels de notre condition humaine.

Fanou03 - * - 45 ans - 11 avril 2021


Suite des « Suprêmes » 8 étoiles

Plainview, Indiana. J’ai cherché, il y a bien un Plainville, Indiana, mais pas de Plainview.
Zut alors ! Aucune chance d’aller rencontrer sur place Clarice, Odette et Barbara Jean, le trio de quinquagénaires afro-américaines qui ont passé leur vie là, en Indiana, à Plainview, quasi bled de cet Etat du Midwest. Tellement liées les unes les autres depuis leur enfance qu’on les appelle « les Suprêmes », comme le groupe de chanteuses « soul » des années 60 – 70.
Edward Kelsey Moore va utiliser l’histoire et la vie courante de ces trois amies, trois femmes « puissantes » dans leur genre pour nous faire comme une chronique de la vie d’afro-américains dans la deuxième moitié du XXème siècle dans une petite ville du Midwest. Autrement dit un peu au milieu de nulle part … Un peu à l’image de ce qu’Armistead Maupin avait fait pour San Francisco avec ses « Chroniques de San Francisco ». Sauf que les « Chroniques » étaient ouvertement des chroniques et que, dans le cas des « Suprêmes », il s’agit davantage d’un roman.
Nous reprenons dans Les Suprêmes chantent le blues là où nous en étions restés après Les Suprêmes avec le trio de nos trois indéfectibles amies ; Odette, Clarice et Barbara Jean. C’est d’ailleurs à ce point une suite que je conseille plus que vivement de lire au préalable Les Suprêmes au risque de moins apprécier le second tome des « Suprêmes ». En effet, Edward Kelsey Moore, anticipant le fait que certains lecteurs n’auraient pas lu le premier tome, se livre parfois à des résumés rapides concernant tel ou tel personnage pour resituer le contexte dans lequel il l’avait laissé à l’issue du premier tome. Et ça rompt indéniablement le fil de l’histoire. Le lecteur averti (celui qui a lu le premier tome) comprend ce qu’a voulu faire Edward Kelsey Moore mais celui qui découvre les « Suprêmes » par ce second tome doit se dire qu’il y a des lacunes dans le style de l’auteur. Et c’est dommage car ce que nous raconte l’auteur, pour aussi invraisemblable que ça puisse être par passages (Odette qui voit et parle aux morts par exemple …), est d’une grande fluidité et témoigne d’un bel amour de la part d’Edward Kelsey Moore pour ses créatures romanesques.
Nous reprenons dans Les Suprêmes chantent le blues là où nous en étions restés après Les Suprêmes … oui, enfin environ cinq ans après :
- Clarice a trouvé son équilibre en vivant séparée de Richmond, ne l’appelant à rester près d’elle que pour des performances sexuelles apaisantes. Elle est sur le point d’accéder à la carrière de soliste au piano qui lui semblait promise enfant.
- Odette s’est remise de son cancer et suit son bonhomme de chemin avec James, son mari.
- Barbara Jean s’est sauvée de son désespoir et de ses addictions en ayant retrouvé Ray, le « petit blanc le plus craquant » de son enfance, avec qui elle file désormais le parfait amour.

Tout va pour le mieux alors ? Mais les gens heureux n’ont pas d’histoires, alors …
Alors, Clarice a une mère, particulière et un peu cinglée, toquée de religion, Beatrice Jordan (Miss Beatrice), qui épouse – et c’est l’ouverture du roman – le tenancier du tripot – bordel local (le Pink Slipper Gentlemen’s Club), Forrest Payne (c’est un peu comme si Thérèse d’Avila avait épousé le corsaire local, la carpe et le lapin). Et Forrest Payne a posé comme condition pour se marier à l’église de pouvoir choisir la musique qui sera joué lors du mariage. Et Forrest Payne qui a vu passer pas mal de monde dans son Club a tenu à faire revenir El Walker, mythique bluesman tendance musicien maudit, qui avait débuté sa carrière à Plainview, dans son club, et qui avait fui la ville très jeune (on va vite comprendre pourquoi) en se promettant de n’y jamais revenir.
El Walker est là, donc, et il sera le pivot de ce second tome. Clarice aussi, stressée par l’approche d’un gigantesque concert qu’elle doit donner, en plein air, à Chicago.
Il n’en fallait pas plus à Edward Kelsey Moore pour nous rejouer les « Suprêmes ». Un très bel épisode, tout aussi empreint d’humanité que le premier tome, et révélateur de la vie afro-américaine middle class dans le Midwest.

Tistou - - 64 ans - 11 avril 2021


Dommage... 6 étoiles

Grand jour pour Miss Béatrice qui épouse Forrest Payne. Grand jour aussi pour la population de Plainview de voir le mariage de ces octogénaires ennemis de toujours, elle bigote très vindicative et lui propriétaire d’un club Pink Slipper club.
Une cérémonie qui marquera les mémoires et aura des conséquences inattendues quand El Walker qui fréquentait le club au temps de ses belles années, chantera à la fin de l’office un blues de sa composition.
Clarice est la fille de Miss Béatrice. Elle est devenue pianiste et prépare des concerts solistes qui la stressent énormément. Heureusement elle peut compter sur Richmond, son mari dont elle est séparée et bien sûr sur ses amies Odette et Barbara Jean.

Odette est heureusement mariée à James, policier défiguré par son père qui l’a abandonné alors qu’il était petit. Elle se remet d’un cancer, fume de la marijuana dans son pavillon de jardin construit par son mari, mais elle est surtout remarquable par le don qu’elle a, comme sa propre mère, de voir et de discuter avec les morts.

Quant à Barbara Jean, ancienne alcoolique, elle est mariée à Ray "un petit blanc craquant". Le retour d’Ed Walker va lui permettre de connaître le passé de sa mère Loretta, violente et alcoolique.
"Ils avaient tous la soixantaine ou plus, désormais, mais chacun d’entre se battait encore, soit pour suivre, soit pour éviter les routes que leurs pères leur avaient pavées il y a bien longtemps"

Cependant, le héros de l’histoire est sans conteste El Walker, chanteur de blues, guitariste incroyablement doué, habité pas sa musique qui éclairera l’enfance de certains, rétablira quelques vérités, expliquera certains comportements.

Mais voilà. Complètement perdue entre les personnages, leurs époux, leurs souvenirs, il m’aura fallu deux tentatives, quelques notes de lecture pour chaque personnage rencontré, l’aide de la critique du premier tome par Sorcius, pour que je finisse par apprécier le dynamisme des trois amies, la profondeur des liens qui les unissent, et l’humour très présent.
Quel dommage.

Marvic - Normandie - 62 ans - 6 avril 2021


Back home again, in Indiana ! 6 étoiles

Edward Kelsey Moore est un écrivain et un musicien professionnel américain.
Il fait une entrée romanesque remarquée avec "Les Suprêmes" (2013) qui a connu un large succès aux États-Unis où il a figuré longtemps dans la liste des meilleures ventes avant d'être traduit dans de nombreuses langues.
En 2017, il publie "Les Suprêmes chantent le blues" ("The Supremes Sing the Happy Heartache Blues").

"J'ai essayé, mais je n'ai pas assuré. C'est l'histoire de ma vie" !

Après une quarantaine d'années d'absence, El Walker est de retour à Plainview (Indiana)
Un retour que seuls les amoureux du "Blues" espéraient.
Pour le reste de la population, c'est un alcoolique, un junkie et un père violent qui réapparait.
Et avec lui, le passé joyeux et douloureux de cette petite ville partagée entre l'église (Calvary Baptist) et le Pink Slipper (Bar, dancing et club de musiciens)
Le passé de cette ville est étroitement lié à la musique, celle de 3 amies, les "Suprêmes" (Barbara Jean, Clarice et Odette) et d'El Walker, une figure du "blues" reconnu à l'international.
Les personnages ont vieilli , les rancoeurs sont toujours présentes mais il faut pardonner pour apaiser les âmes.

Ce roman est une suite mais constitue néanmoins une histoire à part entière.
Cependant, il apparaît important d'avoir lu "Les Suprêmes " (sorti en 2013) pour ressentir pleinement la nostalgie qui imprègne le roman.
Il est question de passion, d'amour filial mais surtout de pardon.
Un roman sans grandes ambitions, plein de bonnes intentions mais qui ne véhicule pas de messages forts.
On se plait à suivre ces 3 "femmes de tête", on sourit souvent à la lecture de scènes cocasses mais peu de profondeur.
Un gentil petit roman qui ne me laissera pas un souvenir impérissable !

Frunny - PARIS - 55 ans - 15 février 2021