La mort de la mort
de Laurent Alexandre

critiqué par Colen8, le 19 mai 2018
( - 78 ans)


La note:  étoiles
Utopie ? Cauchemar ? Progrès ?
L’annonce prométhéenne contenue dans le titre est une invitation à en savoir plus sur un sujet impensable pour l’immense majorité des terriens d’aujourd’hui. Elle est destinée à alimenter un débat qui s’annonce au moins chaotique ou pire encore pour notre avenir dans le siècle courant. Les manipulations du vivant, l’homme augmenté et le transhumanisme donc toutes les transgressions affectant la structure du génome, répondent qu’on le veuille ou non à une forte demande des familles touchées par une maladie génétique de leurs enfants, une maladie dégénérative de leurs parents, une forme ou une autre de handicap, avec toute la charge émotionnelle que cela comporte. Ces manipulations font déjà partie du quotidien au moins depuis les premières vaccinations et si l’on veut bien admettre que la contraception, la procréation assistée, le diagnostic préimplantatoire, les interruptions de grossesse, les implants de toute nature, la réanimation cardiaque ne sont que des illustrations du retour de l’eugénisme.
Il s’est déjà produit un changement de paradigme d’une importance trop largement sous-estimée, donc trop faiblement anticipée sur la puissance des GAFAM autrement dit des techno-mordus d’Internet et de la Silicon Valley engagés à fond dans la biomédecine en arguant de l’égalité des chances face au malheur de mutations délétères du génome, puis de la perte progressive des facultés liées au vieillissement. Les nanotechnologies associées à la génétique, à la biologie, à l’intelligence artificielle, au big data créent une demande sociale de santé et de bien-être capable de submerger tous les conservatismes scientifiques, politiques, religieux ou éthiques.
Les cartes d’un avenir non linéaire prometteur pour les uns, angoissant et mortifère pour les autres sont rebattues ainsi que l’écrivait il y a quelques années le Dr. Alexandre dans ce livre qui garde toute sa pertinence. Sans prendre parti, mais fort d’un avis très éclairé il a voulu combler le vide abyssal de l’ignorance et des idées reçues dans lesquelles se meuvent encore les dirigeants institutionnels de la vieille Europe, pendant que le G2 Chine/Etats-Unis conscient du potentiel techno-médical de la convergence NBIC(1) et des enjeux de pouvoir associés y investit massivement sur le long terme, n’ayant pas l’intention de se laisser freiner par des considérations éthiques ni sécuritaires.
(1) NBIC pour nanotechnologies, biologie, informatique et intelligence artificielle, sciences cognitives.