Les chemins de l'essentiel
de Jacques Attali

critiqué par Sboudon, le 10 mai 2018
( - 56 ans)


La note:  étoiles
"Peut mieux faire" M. Attali
Je ne suis pas un grand fan de Jacques Attali, sans doute parce qu’il fut pendant près de vingt ans proche de François Mitterrand, surtout parce que c’est semble-t-il un auteur plagiaire: rappelez vous Verbatim où l’on a reproché à M. Attali la reproduction de propos apocryphes, l'utilisation de documents « invérifiables », un manque de sérieux, et même l'utilisation de notes prises par d’autres.

J’ai pourtant acheté le jour de sa parution, c’est à dire aujourd’hui, son dernier livre “Les Chemins de l’Essentiel”, une promesse de la découverte d’un élixir du bonheur par les auteurs essentiels.

Après une introduction prenant toutes les précautions sur l’aspect nécessairement un peu arbitraire, Attali définit une une liste universelle qu’il faut selon lui connaître. Un savant mélange d’oeuvres et auteurs permettant a priori d’élargir les horizons, et a priori de s’affranchir d’une vision occidentale du monde.

Attali fait pour commencer un constat assez juste, celui que plus que jamais disponible, l’essentiel est fui. Tout le monde (sauf exceptions, zones de guerre, ultra-pauvres…) a désormais accès à tout: livres, films, oeuvres musicales… Mais les oeuvres majeures sont de moins en moins fréquentées: une préférence pour le nouveau l’emporte, sans doute pour des raisons économiques car le stock rapporte moins que le flux. Par ailleurs, on préférerait la lecture de nouvelles insignifiantes à la lecture des fondamentaux: des milliers d’individus préfèrent échanger avec des amis sur leurs activités les plus futiles plutôt que de lire des classiques. Cette attitude conduirait à l’enfermement dans un cercle minimal. Sans doute également un constat très juste: on passe trop de temps sur Facebook, et trop peu sur des lectures plus enrichissantes.

Des pratiques personnelles pourraient ouvrir les chemins de l’essentiel: le respect de soi, la ténacité, la répétition, l’admiration, le sens critique et enfin le partage. Il faut s’aimer pour trouver l’essentiel; il faut se remettre souvent à l’ouvrage pour augmenter sa capacité à apprendre; s’y reprendre à plusieurs fois… L’admiration est un remède contre la mélancolie, une voie vers l’altruisme. Enfin, le sens critique doit contrebalancer l’admiration….

Suivent des listes de romans, autres oeuvres littéraires, films, séries, musiques et oeuvres d’art. Ces listes font penser aux livres désormais largement répandus du type “les 1000 lieux qu’il faut avoir vu avant de mourir”, blogs sur les 10 restaurants d’exception de telle ou telle ville, ou 100 meilleurs films de tous les temps...

Je n’ai pas découvert grand chose dans ces listes, si ce n’est qu’une majorité d’oeuvres ultra-connues, que la musique “moderne” n’y aurait-il semble-t-il pas vraiment sa place, que le genre littéraire du roman primerait sur l’essai ou la biographie… qu’il faut citer quelques oeuvres illisibles sauf pour quelques spécialistes comme “Tristan et Iseut” écrit en ancien français-normand pour paraître intellectuel. Les lieux remarquables semblent presque toujours peuplés, il n’y aurait rien d’essentiel à voir le Grand Canyon ou parcourir la forêt Amazonienne. L’art ne saurait être comme la musique… moderne. Même si l’art moderne ne peut s’affranchir de critiques, il continue à exister. La liste des musées proposés, commence par le Louvre, suivi par le musée d’Orsay… et le musée Georges Pompidou largement devant l’Ermitage. Soyons sérieux…

Il est vraiment dommage qu'il s'agisse d'une simple liste où chaque oeuvre est accompagnée d'un commentaire assez banal. Je sais bien que "Le Comte de Monte Cristo" est un roman génial, mais pourquoi doit-il figurer dans le top 10? On aurait aimé un peu plus de profondeur, voire d'engagement.

Bref, “peut mieux faire” est la note que je donnerai à M. Attali: cette liste à la Prévert ne méritait peut-être pas un livre mais un blog post. J’aurais aimé plus de profondeur, y voir des oeuvres de grands scientifiques, les Pink Floyd ou groupes du genre, des essais ou biographies, de l’architecture récente… et surtout mieux comprendre le désamour actuel de l’essentiel qui reste une vraie préoccupation.

A lire si l'on a trop de temps...