Les maladies chroniques: Vers la troisième médecine
de Yvanie Caillé, André Grimaldi, Frédéric Pierru, Didier Tabuteau

critiqué par Colen8, le 26 avril 2018
( - 77 ans)


La note:  étoiles
Enjeu et défi d’une santé publique solidaire
Comment concilier une vie aussi proche que possible de la normale quand une maladie chronique qu’on ne sait donc pas guérir vous atteint parfois dès l’enfance : diabète, insuffisance rénale, asthme, heureusement plus souvent à l’âge adulte ou à celui des seniors ? Un collectif donne les points de vue des patients et de leurs proches, des associations, des personnels soignants, des médecins hospitaliers ou de ville, avec des témoignages de haute tenue, dignes et courageux pour les uns, bienveillants, rassurants, empathiques pour les autres. La médecine réparatrice triomphante de l’après-guerre y était mal préparée car la prévalence de ces maladies-là graves pour la plupart a pris en quelques décennies une allure exponentielle : diabète de type 2, obésité, insuffisance cardiaque, insuffisance respiratoire, polyarthrite rhumatoïde, sclérose en plaque, syndromes parkinsoniens, Alzheimer pour n’en citer que quelques-unes.
A moins d’une prise de conscience rapide assortie d’un changement de comportement aussi bien des patients, que du corps médico-hospitalier, des institutions de santé, des industriels de l’arsenal thérapeutique, des chercheurs, notre système de santé publique tellement supérieur à tous les autres court à une implosion certaine constatée par les économistes. En cause, les maladies chroniques infiniment plus rares pour les générations précédentes, celles que l’on doit traiter parfois une vie entière sans savoir les guérir à ce jour. D’après les estimations elles absorbent deux tiers du budget de l’Assurance Maladie et concernent 20 millions de personnes donc à priori la quasi-totalité des foyers.
Les malades chroniques, qui ont besoin d’être accompagnés dans le changement de vie qui leur est imposé, sont invités par exemple à participer à l’ETP (Education Thérapeutique du Patient) destinée à améliorer l’observance des prescriptions. Les soignants, médecins généralistes et spécialistes, les infirmiers, le personnel paramédical, doivent à la fois mieux se concerter entre eux et apprendre à considérer la personne (sujet) avant la pathologie (objet), à faire preuve de plus d’écoute et d’initiative sur les freins psychosociaux à cette même observance. Le système T2A (Tarification A l’Acte) mis en place dans les années 2000 a montré ses effets pervers par une surproduction d’actes sans bienfait pour le patient et surtout il a conduit à négliger la politique de prévention, la seule dont on puisse attendre une amélioration de la santé publique sur le moyen et long terme.
En illustrant par des exemples réels une bonne partie des registres concernés, l’ouvrage montre la complexité inhérente à la politique de santé publique mise en place lors de la création de la Sécurité Sociale en 1945 et à ses réformes successives. Si la santé n’a pas de prix, les dépenses de santé ont forcément une limite remettant en question leur financement. Le glissement observé vers la privatisation accrue des dépenses courantes pour ne conserver à la collectivité que celui des affections les plus graves et les plus coûteuses verrait la fin du modèle solidaire qui a prévalu jusqu’à présent. En guise de conclusion et pour alimenter le débat les auteurs proposent une « Charte pour une santé solidaire » en 12 points (charte-sante.fr/).