Dans l'ombre, la mère de Grazia Deledda

Dans l'ombre, la mère de Grazia Deledda
(La madre)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Septularisen, le 14 avril 2018 (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 51 ans)
La note : 7 étoiles
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GRAZIA DELEDDA S'INTÉRESSE AUX MOUVEMENTS DE L'ÂME

Au début de l’histoire nous sommes en pleine nuit. Un homme sort discrètement de sa maison. Sa mère, Maria-Maddalena qui vit avec lui l’épie, puis le suit discrètement dans la nuit noire. Elle a percé son secret, depuis plusieurs nuits maintenant, son fils court rejoindre une femme…

Rien de plus banal, si ce n’est que ce jeune homme est Paulo le prêtre du village d’Aar et qu’il va rejoindre Agnese, une jeune femme très riche et qui vit seule dans une immense propriété à la lisière du village.

Le lendemain matin, la mère qui veut empêcher son fils de retomber dans le péché, et a peur du scandale que l’amour charnel du prêtre du village pourrait provoquer, lui extorque la promesse qu’il ne se rendra plus jamais dans la maison d’Agnese… Se sachant démasqué par sa mère, Paulo fait porter une lettre à la femme qu’il aime et lui annonce qu’il ne veut plus jamais la revoir…

«Dans l’ombre, la mère» («La madre») paraît d’abord en feuilleton dans le journal «Il Tempo » de Rome en 1919, puis en roman en 1920. Comme toujours avec cet auteur l'action se passe dans son île natale la Sardaigne. C’est un court roman assez noir, mais d’une remarquable intensité, avec une tension dramatique qui va crescendo tout au long du roman.

L’écriture est simple et fluide, Grazia DELEDDA étant une représentante du vérisme (comme son modèle, Giovanni VERGA (1840-1922) son compatriote sicilien). Son écriture pourrait être comparée à celle du naturaliste Emile ZOLA (1840-1902), notamment dans son livre « La faute de l’abbé Mouret » (Ici sur CL : http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/8062) ou bien, si on cherche un exemple plus près de nous, à celle de la française Béatrix BECK (1914-2008), notamment dans « Léon Morin, prêtre » (Ici sur CL : http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/31616) dont certains passages présentent une ressemblance étonnante avec ceux de l’italienne.

Comme dans tous ses livres, on découvre les paysages, la vie et les mœurs de son île natale, ici plus particulièrement celles d’un petit village perdu dans les montagnes.
La construction de l’œuvre est, elle, très étonnante. L’action se passe en deux nuits et une journée et est centrée sur trois personnages. L’intérêt en étant que la psychologie des personnages est très fouillée et d’une profondeur inhabituelle dans un roman. Tout est très intériorisé, les trois personnages principaux étant très tourmentés.
Paulo bien sûr, emporté par sa passion amoureuse pour Agnese, mais qui est rongé par le dilemme, puisque cet amour lui est interdit et le plonge dans le péché. Sa mère, archétype maternel d’abnégation, rongée par l’inquiétude et qui veut empêcher son fils de retomber dans le péché. Agnese enfin, jeune femme forte et résolue, qui n’a pas peur d’affronter le scandale et de se battre pour son amour…

Il est dommage que l’œuvre de Grazia DELEDDA soit aujourd’hui tombée dans l’oubli, car malgré des thèmes parfois démodés, un style passé de mode et une écriture un peu désuète, ses livres restent d’une force et d’une passion sans égal. La preuve en est ce livre, que j’ai littéralement «dévoré» malgré son thème difficile. Inutile de dire que je recommande à tous de redécouvrir ce grand écrivain!

Rappelons que Grazia DELEDDA (1871-1936) a été lauréate du Prix Nobel de Littérature en 1926, elle a été la deuxième femme à recevoir ce prix et au moment où j’écris ces lignes, la seule écrivaine italienne à l’avoir reçu.

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