Pâques, fête de la joie
de Armand Robin

critiqué par Eric Eliès, le 1 avril 2018
( - 45 ans)


La note:  étoiles
Une poésie fervente et inspirée, invitant à la fraternité
Petit commentaire de circonstance en ce dimanche pascal avec cette plaquette écrite par Armand Robin pour célébrer, avec un accompagnement musical, les fêtes de Pâques de l’année 1943…

L’idée d’André-Charles Gervais (qui a rédigé une courte préface pour la présente édition) était de proposer une série d’émissions radiophoniques capables, au-delà de leur teneur liturgique, d’adresser à la jeunesse des messages d’espoir faisant écho aux évènements de la guerre et de l'occupation. Gervais contacta Armand Robin pour évoquer la joie. Dans sa préface, il explique les raisons de son choix (qui n’était pas intuitif car Robin est aussi un poète de la douleur) et dresse un portrait, rapide et émouvant, de l’homme, qui est aujourd’hui un peu caché par la légende qui l’entoure.

Le texte d’Armand Robin, qui sélectionna également l’accompagnement musical (mentionné en didascalie), est joliment imprimé avec dans un cadre enluminé qui imite le format des bibles de poche. Impétueux et plein d’entrain, il invite les hommes à fraterniser, entre les nations mais aussi et surtout avec la nature qui renaît au printemps. La résurrection du Christ s’inscrit ainsi dans une sorte de frénésie d’élan vital, qui abolit tout à la fois l’hiver et la mort.

Les fleurs, les oiseaux, les ruisseaux, les bruits des peuples furent les complices de la résurrection bien avant que l’âme ait conçu cette image !

Armand Robin décrit, comme des sortes de vignettes poétiques, les rites de célébration du printemps en divers endroits du monde : au Japon, en Irlande et – bien sûr ! – en Bretagne !

Au Japon aujourd’hui, comme cela se fait depuis mille ans et plus, les maîtres ont dit à leurs élèves :
C’est la fête des cerisiers ! / Soyons chacun une feuille de leur gaîté !
Et ils ont mené leurs écoliers en pleine forêt, cela dans le moindre village, l’hiver et les canons tonnent peut-être encore aujourd’hui au loin, ont-ils dit, mais voyez tout le Japon est couvert de ces millions de cerisiers fleuris ; un destin d’air aujourd’hui nous entoure, nous promet le sort et le parfum des fleurs ; souriez et dîtes merci au ciel !
(…)
Ecoutez-moi ! je suis la joie qui tombe, la joie la plus douce en Bretagne, on me connaît bien : Tous ces Bretons travaillent toute l’année sans jamais se relever ! mais vienne Pâques, vienne la joie, vienne moi ! tous ils boivent du cidre, du vin, de l’eau-de-vie, en veux-tu en voilà et tous vers midi, le dimanche de Pâques, sont sur la grand place qui tournoient, qui festoient, douloureusement, comme de pauvres gens, qui n’ont jamais d’autre joie.

En fait, Armand Robin oppose l’ivresse dyonisiaque, presque paillarde, des réjouissances printanières et la joie sereine, presque silencieuse, de la plénitude. Et c’est l’attente de cette joie véritable qu’exaucera le miracle de la résurrection du Christ, quand l’homme, par la force de son espérance, sortira de l’hiver de la guerre. Le texte célèbre, avec une ferveur quasi panthéiste, la sortie hors du tombeau d’un Christ solaire, qui accomplit un pacte d’alliance entre le cœur de l’homme et les éléments de la nature incarnée par le ciel et les fleurs. Le texte s’achève par la diction du récit de la résurrection dans les Evangiles, annoncé comme suit :

Nous pouvons avec l’aide des ruisseaux, des oiseaux, des plantes et du ciel réveillés, nous pouvons très doucement, très lentement vous conter la plus belle histoire de résurrection, vous annoncer encore une fois la plus stable des allégresses :

Cette annonce du triomphe inéluctable de la joie devait résonner étrangement aux oreilles des auditeurs en ce jour d’avril 1943. Robin était-il lui-même convaincu de son accomplissement ? Difficile à dire mais la ferveur du texte est réelle et illustre bien comment la foi peut être, en pleine tempête, une bouée qui permet de survivre dans l’attente de l’accalmie…