Dialogues sous les remparts de Oya Baydar

Dialogues sous les remparts de Oya Baydar
(Surönü Diyaloglari)

Catégorie(s) : Littérature => Moyen Orient

Critiqué par Myrco, le 8 avril 2019 (village de l'Orne, Inscrite le 11 juin 2011, 69 ans)
La note : 8 étoiles
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Tristesse de l'impuissance

"Dialogues sous les remparts" est un texte relativement récent puisque paru dans son édition originale en 2016. Il a été écrit après la rupture des négociations entre le gouvernement turc et les responsables politiques kurdes, rupture qui ouvrit en juillet 2015 une période de combats mortifères et destructeurs.

Son auteure Oya Baydar n'est pas seulement une figure importante de la littérature turque contemporaine, dont le public français n'avait jusqu'ici pu découvrir en traduction que deux de ses romans, "Parole perdue" et "Ne reste que des cendres" (*) dont je recommande vivement la lecture. Intellectuelle marxiste, "turque blanche", très engagée dès sa jeunesse pour un idéal socialiste qui n'aura jamais nulle part vu le jour, elle en aura payé le prix par la prison et l'exil. Revenue en 1992 dans son pays, aujourd'hui bientôt octogénaire, elle a fait de la cause kurde son ultime combat.

Elle signe là un texte court en marge de ses romans qui, s'il appartient au genre de la fiction littéraire, adoptant la forme exclusive du dialogue, comme un chant à deux voix alternées,, n'en reste pas moins avant tout, au-delà du regard porté sur l'évolution et les perspectives du conflit turquo-kurde, une réflexion, un questionnement éthique, qui s'axent entre autres sur deux thèmes principaux à portée universelle : d'une part la légitimité ou non de la violence de l'oppressé en réponse à celle de l'oppresseur, d'autre part la valeur et la nature de l'engagement dans la défense d'une cause qui n'est pas la sienne propre, thèmes que l'on retrouve dans son œuvre romanesque.

A la veille du nouvel an 2016, devant les remparts qui enserrent le quartier historique de Diyarbakir, principale ville du Kurdistan turc, au sud-est de l'Anatolie, deux femmes échangent leurs points de vue sur fond de bruit des combats de la guérilla urbaine. L'une est Oya elle-même - ou son double - venue pour la nième fois de son " Ouest lointain sourd et muet " avec une délégation d'intellectuels pour mieux comprendre et témoigner et peut-être faire le point avec elle-même. L'autre est une amie kurde, ancrée dans sa terre, qui a vu mourir son père, ses frères, victimes du conflit. Toutes deux ont milité ensemble pour tenter de faire triompher la voie de la paix...en vain.
Mais désormais, quelle que soit la force de l'amitié qui les relie, la montée en puissance des hostilités, l'engrenage de la violence et de la vengeance, ne pourront que creuser le fossé qui sépare leurs vécus respectifs et leurs visions des choses...

C'est à un retour sur soi, un examen de conscience que se livre Oya Baydar dans cette tentative d'analyse qui se veut lucide et objective, celle d'une femme qui interroge non sans nostalgie ses combats militants et a conscience de l'ambiguïté de son positionnement tout en demeurant attachée a ses principes. Mais que peuvent ses principes, ses mots et ses états d'âme face à l'urgence de survivre au milieu des combats ? Et le dialogue prend parfois l'aspect d'un monologue intérieur dans lequel s'affrontent ses propres contradictions. Et de se conclure sur un bilan amer: " je suis trop vieille désormais pour trouver refuge dans l'espoir, l'état du monde me pèse, j'ai peine à le supporter. Pour lécher et panser mes plaies (...) je retourne sur ma planète comme le Petit Prince" . Un aveu d'impuissance qui s'accompagnera d'une ultime tentative de note positive bien fragile.

Quelles qu'en soient les limites, ce texte a pour le moins le mérite d'offrir un coup de projecteur sur la situation du peuple kurde persécuté et la férocité de la répression engagée par le gouvernement Erdogan.
Par ailleurs, le cadre choisi par l'auteure, s'il ne peut éviter quelques redondances, en permettant de faire passer l'émotion, le doute, la souffrance, l'érosion de l'espoir, en un mot une densité humaine aux accents parfois poignants fait que l'on ne peut rester indifférents.

(*)http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/38202
http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/46924

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