Poèmes suivi de mirlitonnades de Samuel Beckett

Poèmes suivi de mirlitonnades de Samuel Beckett

Catégorie(s) : Théâtre et Poésie => Poésie

Critiqué par Septularisen, le 18 mars 2018 (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 53 ans)
La note : 6 étoiles
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«Et vivrai le temps d’une porte qui s’ouvre et se referme»

DIEPPE (1937)

encore le dernier reflux
le galet mort
le demi-tour puis les pas
vers les vieilles lumières

Ce petit livre est un recueil qui réunit tous les poèmes que Samuel BECKETT a écrits en français durant les années allant de 1937 à 1979, ainsi qu’une série de poèmes inédits, écrits entre 1976 et 1978, que BECKETT avait appelé appelle des « Mirlitonnades », et qui sont en fait des poèmes courts en quelques vers, ressemblants parfois à s’y méprendre à des Haïkus.

Les poèmes réunis ici sont vraiment typiques de l’écriture qui a rendu célèbre l’auteur irlandais. Il n’y pas de points et encore moins de de virgules, c’est une écriture typique du nouveau roman. Les thèmes sont des plus divers allant de l’hommage à un ami décédé (voir ci-dessous « Mort de A. D. daté de 1947) à la description d’une ville (voir DIEPPE au début de cette critique daté de 1937), à ce qui semble être un éloge à la solitude, ou plus étonnant encore à une chose aussi banale et insignifiante qu’une… Mouche!

LA MOUCHE (1937-1939)

entre la scène et moi
la vitre
vide sauf elle

ventre à terre
sanglée dans ses boyaux noirs
antennes affolées ailes liées
pattes crochues bouche suçant à vide
sabrant l’azur s’écrasant contre l’invisible
sous mon pouce impuissant elle fait chavirer
la mer et le ciel serein

Comme toujours avec BECKETT prévaut une impression de vide et d’absence. Il y a comme toujours des non-dits ou des oublis volontaires - et dans une démarche qui tient sans doute plus du surréalisme que de l’absurde -, aucune explication ni aucune aide à la compréhension de ce que l’on est en train de lire. Reste bien sûr ce style épuré, vide, dépouillé, parfaitement maîtrisé et assumé, servi par une langue sculptée, véritablement ciselée, dénotant une grande connaissance de ce qui pourtant n’était pas la langue natale de l’écrivain.

Quelques « Mirlitonnades» (la typographie est celle de l’auteur) :

écoute-les
s’ajouter
les mots
aux mots
sans mot
les pas
aux pas
un à
un

rêve
sans fin
ni trêve
à rien

à l’instant de s’entendre dire
ne plus en avoir pour longtemps
la vie à lui enfin sourire
se mit de toutes ses dents

sitôt sorti de l’ermitage
ce fut le calme après l’orage

Et comme toujours, laissons le dernier mot à l’auteur :

MORT DE A. D. (1947)

et là être là encore là
pressé contre ma vieille planche vérolée du noir
des jours et nuits broyés aveuglément
à être là à ne pas fuir et fuir et être là
courbé vers l’aveu du temps mourant
d’avoir été ce qu’il fut fait ce qu’il fit
de moi de mon ami mort hier l’œil luisant
les dents longues haletant dans sa barbe dévorant
la vie des saints une vie par jour de vie
revivant dans la nuit ses noirs péchés
mort hier pendant que je vivais
et être là buvant plus haut que l’orage
la coulpe du temps irrémissible
agrippé au vieux bois témoin des départs
témoin des retours

Samuel BECKETT écrivit ce poème en souvenir d’un collègue de l’hôpital de la Croix-Rouge irlandaise, de Saint-Lô (Manche).

Inutile, je suppose, de rappeler ici que M. Samuel BECKETT a été le lauréat du Prix Nobel de Littérature en 1969.

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