Nègres blancs d'Amérique de Pierre Vallières

Nègres blancs d'Amérique de Pierre Vallières

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Essais

Critiqué par Dirlandaise, le 7 février 2018 (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 62 ans)
La note : 8 étoiles
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La quête utopique d'un homme

Emprisonné aux États-Unis en 1966, l’écrivain québécois Pierre Vallières décide d’employer ce temps d’incarcération pour écrire un essai sur la société québécoise et ses travailleurs qu’il qualifie de nègres blancs d’Amérique en raison des conditions pénibles dans lesquelles ils se débattent, exploités par une société capitaliste dirigée par une minorité bien nantis d’amasseurs de capital et de richesses toujours plus grandes en utilisant la force de travail des Québécois défavorisés.

Pierre Vallières connait bien le milieu ouvrier. Il a grandi dans le quartier du parc Frontenac où son père travaillait à l’usine Angus pour un salaire très bas lui permettant tout juste de faire vivre sa famille à peu près convenablement. Vallières souffre de sa condition familiale et rêve d’une société plus juste et égalitaire, un société dans laquelle tout le monde aura une chance de s’épanouir et non de vivre une vie d’abrutissement et de routine aliénante qui était alors le lot de la majorité des travailleurs de l’époque. À l’adolescence, sa révolte le consume et il entreprend une longue quête philosophique qui ne lui apportera pas les réponses aux questions qu’il se pose sur la valeur de l’existence humaine. Son évolution intellectuelle l’amène à se joindre à un mouvement révolutionnaire afin de renverser ce système capitaliste pourri responsable de l’abrutissement de sa famille : le Front de Libération du Québec (FLQ) responsable de l’enlèvement et de la mort du ministre du travail Pierre Laporte, période que l’on nomme La crise d’Octobre.

Le livre débute avec un résumé de l’histoire du Québec assez aride mais tout de même utile afin de bien comprendre la suite. Ensuite, Pierre Vallières raconte son enfance dans le quartier Frontenac et ensuite à Ville Jacques-Cartier, un des secteurs les plus défavorisés de la Rive-Sud. C’est cette partie que j’ai préférée. Ce récit est passionnant et bouleversant surtout pour ceux qui, comme moi, ont vécu à Longueuil et connaissent bien le secteur. L’auteur ensuite se perd dans un traité de philosophie plutôt ennuyeux et hermétique dont j’ai sauté je l’avoue un grand nombre de pages pour terminer avec une description de la société idéale constituant le but de son action politique et sociale, rêve assez naïf qui m’a fait sourire à plusieurs reprises.
Que reste-t-il aujourd’hui de ces beaux lendemains prédits par Vallières ? Bien peu de choses car la société capitaliste n’est pas près de s’éteindre malgré tous ses défauts. Le livre a été écrit en 1966 et il est intéressant de constater de quelle façon le Québec a évolué depuis.

Un document exceptionnel sur les conditions de vie des travailleurs de l’époque à mon avis mais pour le reste, je n’ai pas aimé ses rêves utopiques ne tenant pas compte de la nature humaine hélas si prompte à tuer dans l’œuf l’espoir des classes défavorisées souffrantes désirant accéder à une vie meilleure.

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