Les Loyautés de Delphine de Vigan

Les Loyautés de Delphine de Vigan

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Nathavh, le 3 février 2018 (Inscrite le 22 novembre 2016, 54 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (10 996ème position).
Visites : 1 361 

Les loyautés

C'est un magnifique roman choral que nous propose Delphine de Vigan. Un roman à quatre voix; deux adultes et deux enfants.

Il y a Hélène (prof) meurtrie dans son enfance qui sent que quelque chose ne tourne pas rond chez Théo. Elle s'inquiète jusqu'à l'obsession.

Il y a Cécile, la mère de Matthis qui elle aussi s'interroge sur son couple, la relation avec son mari, les souffrances de sa jeunesse; un père alcoolique.

Les enfants :

- Théo qui partage son temps en garde alternée, tantôt chez son père - qui n'est plus que l'ombre de lui-même , qui ne s'assume pas, et a atteint un niveau de déchéance et de pauvreté extrême - et sa mère aveuglée par la haine contre son père.

- Matthis son ami qui lui sera loyal.

Les loyautés, que le titre est bien choisi! Difficile pour un enfant de s'exprimer, de décrire ce qui se passe. Théo veut rester loyal envers son père et sa mère. Matthis envers son ami. Cécile envers elle-même et Hélène vis-à-vis de ses élèves.

Ce livre m'a glacé les os à certains moments de la lecture, ému aux larmes, bouleversé. On le lit la gorge nouée, la tension est croissante. Les personnages sont touchants, remplis d'humanité.

Delphine de Vigan a une plume magnifique, l'angoisse monte, elle nous communique l'empathie et développe avec beaucoup de sincérité et de vérité la psychologie des personnages. Énormément de sensibilité ressentie, d'émotions.

Ce livre secoue, remue. Il parle de la maltraitance psychologique, permet de comprendre ce qu'un enfant peut ressentir suite aux attitudes des adultes, des dégâts provoqués suite à un divorce.

C'est un gros coup de coeur.


Les jolies phrases

Je les observe par la fenêtre quand ils sont dans la cour, ils forment un seul corps, farouche, une sorte de méduse qui se rétracte d'un coup lorsqu'on l'approche, puis s'étire de nouveau une fois le danger passé.

Un jour, il aimerait perdre conscience, totalement. S'enfoncer dans le tissu épais de l'ivresse, se laisser recouvrir, ensevelir, pour quelques heures ou pour toujours, il sait que cela arrive.
Théo encaisse, corps malingre criblé de mots, mais elle ne le voit pas. Les mots l'abîment, c'est un ultrason insupportable, un effet Larsen que lui seul semble entendre, une fréquence inaudible qui déchire son cerveau.

C'est étrange, d'ailleurs, cette sensation d'apaisement lorsque enfin émerge ce que l'on refusait de voir mais que l'on savait là, enseveli pas très loin, cette sensation de soulagement quand se confirme le pire.

Il voudrait attendre ce stade où le cerveau se met en veille. Cet état d'inconscience. Que cesse enfin ce bruit aigu que lui seul entend, qui surgit la nuit et parfois au milieu du jour. Pour cela, il faut quatre grammes d'alcool dans le sang.

Je sais que les enfants protègent leurs parents et quel pacte de silence les conduit parfois jusqu'à la mort.
Aujourd'hui je sais quelque chose que d'autres ignorent. Et je ne dois pas fermer les yeux.
Parfois je me dis que devenir adulte ne sert à rien d'autre qu'à ça : réparer les pertes et les dommages du commencement. Et tenir les promesses de l'enfant que nous avons été.

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société du XXIème siècle

9 étoiles

Critique de Ddh (Mouscron, Inscrit le 16 octobre 2005, 77 ans) - 18 juillet 2018

Loyauté au pluriel, quel beau principe de vie ! Chacun des héros de ce livre garde cette vertu au fil des pages.
Hélène Destrée est professeur de collège ; elle aime ses élèves et un de ceux-ci lui cause particulièrement du souci : Théo. Il n'est pas sans problème non plus, une semaine chez un père sans emploi, l'autre chez une mère inflexible. Mais tout est gardé sous silence. Une éclaircie pour Théo ? Son copain de classe Mathis n'est pas gâté non plus ; sa mère Cécile est intriguée par l'attitude de son mari William.
De courts chapitres émaillent ce roman. La progression de l'intrigue est linéaire mais en tête de chaque chapitre apparaît le nom de l'un des personnages qui apporte son point de vue.

Les loyautés : nos ailes et nos carcans

7 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, - ans) - 28 mars 2018

Quatre personnages embarqués dans une spirale dramatique liée à la découverte par Hélène, prof de collège, de l'alcoolisation régulière de Théo, élève de 5e.

Un roman en trente-trois séquences de longueur variable, chacune titrée du prénom de l'un des 4 protagonistes de la fiction. S'y entrelacent les monologues à la 1e personne d'Hélène et de Cécile, mère de Mathis, copain de Théo et des récits à la 3e personne, plus distanciés mais traduisant un regard intérieur, pour les deux garçons. Il se présente donc comme un roman choral , il est cependant écrit d'une même plume.

Chacun est porteur d'une fêlure cachée.
Pour Hélène, d'avoir été enfant battue, victime d'un père bourreau.
Pour Cécile, d'avoir été fille d'alcoolique et d'avoir découvert récemment une facette honteuse de son mari.
Pour Théo, de tenter d'échapper par l'alcool au traumatisme du divorce, à l'épuisement d'avoir à supporter une situation trop lourde .
Pour Mathis , c'est l'impossibilité de se libérer de l'emprise de Théo .

Un roman très sombre, très noir, qui ne prend tout son sens qu'à la lumière du prologue.
Les situations oppressantes où se pose le choix de la fidélité à des valeurs ou à la parole donnée sont choisies pour illustrer les définitions de la notion de loyauté présentées en préambule.

Ce ouvrage, profondément ancré dans la société de notre époque reflète des inquiétudes aussi diverses que le chômage, les dérives des roseaux sociaux et interroge le lecteur sur une variété de problèmes familiaux liés au divorce, aux conduites déviantes, aux traumatismes d'enfance .

Une chronique compatissante, un concentré de hontes et de secrets servi par une écriture vigoureuse et sans graisse, et dont l'auteur a su confier au lecteur le soin d'imaginer le dénouement.
A chacun d'y voir une issue tragique ou rassurante ...

L'attention donnée à l'autre

7 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 40 ans) - 27 février 2018

Ce roman traite donc de la place d'une enseignante face à un élève en difficulté, du fait de problèmes sociaux apparemment lourds, de celui d'un ami qui restera fidèle jusqu'à la fin ... de cette histoire. Il est psychologiquement bien senti, comme souvent chez Madame de Vigan, mais aussi aime-t-elle traiter des sujets sociaux, ce qui représente une fort bonne idée, avec une intrigue bien menée, ce qu'apprécient ses lectrices et lecteurs, mais souvent avec une tonalité glauque, également présente dans cet opus. Si j'ai apprécié ce livre, j'ai ressenti des réserves, devenues habituelles, en lisant ses lignes, car elles contiennent quelque chose d'un peu voyeur, par la précision des descriptions apportées, des rancoeurs et malaises.
Il est aussi question de ce que cache à sa femme le mari de l'enseignante.

Pour conclure, le sujet reste intéressant, mais son traitement continue de me déconcerter.

"Les Loyautés" de Delphine de Vigan : jeune à jamais

7 étoiles

Critique de Lettres it be (, Inscrit le 7 mai 2017, 24 ans) - 26 février 2018

Désormais parmi les poids lourds de la scène littéraire française, Delphine de Vigan revient en librairie avec Les loyautés publié chez JC Lattès. Comme à chaque fois, le livre a été attendu avec ferveur et passion par les fans de l’auteure née en région parisienne. Comme à chaque fois, il est question de la jeunesse et des tourments qui nous guettent à chaque étape de notre vie. Lettres it be est allé découvrir Les loyautés et vous en dit quelques mots.

# La bande-annonce

Les destins croisés de quatre personnages : Théo, enfant de parents divorcés ; Mathis, son ami, qu'il entraîne sur des terrains dangereux ; Hélène, professeure de collège à l'enfance violentée, qui s'inquiète pour Théo ; Cécile, la mère de Mathis, qui voit son équilibre familial vaciller. Une exploration des loyautés qui les unissent ou les enchaînent les uns aux autres.

# L’avis de Lettres it be

Quels liens peut-on espérer trouver entre des destins qui, inexorablement, courent à leur fin ? A quel moment peut-on être unis dans la déchéance ? Ce sont, entre autres, les grandes questions posées par Delphine de Vigan dans son tout dernier livre paru chez JC Lattès. Des destinées pourtant diamétralement opposées mais que l’on va voir s’animer sous nos yeux au côté des différents personnages du récit. Des jeunes Théo et Mathis amis pour le meilleur et pour le pire, en passant par Cécile ou Hélène, Delphine de Vigan s’empare de 4 personnages bien marqués pour dérouler le fil de son histoire. Comme souvent avec la plume de l’auteure, le ton est vif, rarement alangui (une force en ce moment), il court à l’essentiel. Un essentiel peut-être trop attendu, trop prévisible malgré tout.

En arrière-plan, on pense inévitablement au Il faut qu’on parle de Kevin de Lionel Shriver. Difficile en effet de ne pas se rapprocher de ce roman, et de bien d’autres encore, qui traite des difficultés de l’adolescence quand l’âge adulte sonne à la porte. Des difficultés inhérentes à chacun, causées par bien des choses et des tourments de la vie, mais qui méritent toute une attention particulière. Delphine de Vigan souligne une fois encore et cela et délivre un message universel dans sa simplicité et son intérêt.

Une fois encore, Delphine de Vigan dessine les contours de l’existence d’un jeune qui a vieilli trop vite. L’auteure choisit pour personnage central un jeune homme déjà trop âgé, déjà trop expérimenté dans les tourments que peut nous réserver la vie tout au long d’une existence. Après No et moi, on pense recroiser un personnage qui a tout l’air d’une Zazie dans le métro ou d’un Holden Caulfield de L’Attrape-cœurs. L’histoire va en ce sens en tout cas et, malgré quelques facilités dans la construction du récit, ce roman ne quitte que trop difficilement vos mains. Ca se lit vite, ça captive malgré une légèreté de fond et de forme qui ne trompe pas.

Retrouvez toute la chronique sur Lettres it be

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