Dans la baie fauve de Sara Baume

Dans la baie fauve de Sara Baume

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par CC.RIDER, le 18 janvier 2018 (Inscrit le 31 octobre 2005, 60 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (32 787ème position).
Visites : 642 

Magie et misère du quotidien

Dans un petit village de l’Irlande profonde, Ray, homme d’un certain âge, vit seul dans une modeste maison face à la mer. Orphelin, il n’a pas connu sa mère et il a passé son enfance chez une femme qu’il n’aimait pas et qu’il devait appeler « Ma Tante ». Considéré comme débile mental, il n’alla pas à l’école, ne fréquenta pas d’enfants de son âge et vécut en la seule compagnie de son père, homme froid et indifférent qui passa sa retraite à fabriquer des jeux de sociétés aux règles improbables avant de décéder fort âgé en s’étouffant avec une saucisse. Se retrouvant du jour au lendemain seul et abandonné, Ray décide d’adopter un chien, un ratier au caractère difficile qui se bat souvent avec ses congénères. Il est couvert de cicatrices et a déjà perdu un œil. D’où son nom : « One Eye ». Le couple cabossé part au hasard des routes, vivant, mangeant et dormant sur des parkings dans une vieille auto.
« Dans la baie fauve » se présente comme une sorte de long monologue réparti sur quatre chapitres, un pour chaque saison de l’année. Par bribes, Ray raconte sa vie à son chien, son seul confident et son seul ami. Celle-ci étant très tristesse et d’une monotonie à pleurer, l’auteure la pimente de longues et minutieuses descriptions de plages, d’oiseaux marins, de plantes, d’animaux familiers et autres décors ou paysages. Le résultat donne une sorte de « magie du quotidien » avec des alternances d’épisodes un tantinet abracadabrantesques qui ne manquent d’ailleurs pas d’étonner. Peu de péripéties, aucun rebondissement, et pourtant, l’intérêt ne se dément pas et on lit même avec un certain plaisir. Sans doute est-ce dû au regard acéré de l’auteure, à ses observations pertinentes, à ses fulgurances et à son style particulier, tout en finesse et allusions. Les deux personnages ne peuvent laisser indifférents. Leur histoire dans sa terrible banalité amène à réfléchir sur le sens de ces « petites » vies « inutiles ». Un premier roman très réussi et déjà remarqué dans divers prix littéraires.

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"Dans la baie fauve" de Sara Baume : cynique, au vrai sens du terme

7 étoiles

Critique de Lettres it be (, Inscrit le 7 mai 2017, 24 ans) - 19 février 2018

C’est à croire que les amourettes entre humains et canidés sont à la mode ces temps-ci. Voilà que Lettres it be découvrait il y a peu le dernier brillant roman d’Amin Zaoui L’Enfant de l’œuf publié chez Le Serpent à Plumes, et c’est au tour de Dans la baie fauve de relater l’histoire et la rencontre entre un vieil homme et ce qui deviendra vite son compagnon d’infortune à quatre pattes. Dans la baie fauve, c’est le nom de ce roman qui est aussi le tout premier de Sara Baume, jeune auteure irlandaise. Qu’est-ce que ça donne ? Lettres it be vous dit tout !

C'est le printemps, dans une petite ville côtière de l'Irlande. Le narrateur de cinquante-sept ans est cabossé par la vie. Trop vieux pour prendre un nouveau départ et trop jeune pour baisser tout à fait les bras, il traîne sa solitude de plus en plus difficilement. Quand il croise la route d'un chien borgne et famélique, il n'hésite pas longtemps : il en fera son compagnon de misère. Leur amitié, d'abord fragile, deviendra indéfectible. Jusqu'à ce que les habitants du coin décident de s'en mêler.

# L’avis de Lettres it be

« Tu me trouves un mardi, où je vais en ville comme chaque mardi. Tu es affiché dans la vitrine de la brocante. Une photo de ta tête estropiée et, au-dessous, un appel : Recherche maître compatissant et tolérant, sans autre animal de compagnie ni enfant de moins de quatre ans. »

Usé par la vie, le narrateur de ce roman jette ses dernières forces dans la bataille en donnant sa chance à un pauvre chien abandonné, maigre, affamé et borgne. Le récit démarre comme ça, par cette rencontre entre deux échoués de la vie. Deux existences qui pourraient bien se compléter bientôt, dans une Irlande qui sert alors de toile de fond. Le chien est agressif avec les autres espèces, humaines comme animales. Son maître est renfermé, peu bavard, presque asocial par la force des choses. Deux caractères opposées et qui s’apprivoisent page après page, petit à petit. Des sorties en pleine nature, des calmes soirées à échanger chacun de leur manière, des gueuletons partagés … Il s’en passe des choses dans ce roman de la banalité.

L’Irlande est le cadre de ce récit. Une verte Irlande qui se fait plutôt discrète tant le récit pourrait se dérouler partout ailleurs. On regrette ainsi un cadre narratif qui se perd dans la brume de la langue. Mais soit, on poursuit la lecture sans regretter quoi que ce soit. On prend donc part à cette amitié naissante, à cette rencontre fortuite entre deux créatures. Tout le reste est géré plutôt bien par la langue de Sara Baume, forte et incisive pour un premier roman bien senti.

Difficile de tirer une conclusion ferme et définitive de cet ouvrage. Oui la langue sert à merveille cette histoire d’une banalité confondante qui très vite prend les tournures d’une épopée où nos deux héros vont vivre et rattraper l’échec des jours anciens. Oui Sara Baume délivre un premier roman brûlant, incandescent en attachant toute la force de sa plume aux moindres détails, de sorte à livrer au lecteur une histoire qui s’incrémente pleinement en lui. Oui les métaphores sont nombreuses et offrent autant de niveaux de lecture, d’images, de sensations. Mais passées ces agréables impressions, reste un flou autour de ce livre. On est pris dans la lecture, puis vient la dernière page qui se tourne. Et là, on sait que l’on vient de passer un agréable moment, mais aucun souvenir ne semble impérissable. Et s’il manquait le tout petit grain de folie qui avait fait de L’Enfant de l’œuf évoqué plus haut dans cette chronique un livre dont on se rappelle bien plus aisément ? En somme, une lecture qui marque par son instantanéité. Encore mieux que si c’était juste bien ?

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