Les prêtres déportés sur les pontons de Rochefort
de Yves Lomme

critiqué par CC.RIDER, le 10 janvier 2018
( - 60 ans)


La note:  étoiles
Un enfer
En 1794, la France est en pleine Terreur. Robespierre veut en arriver à l’éradication complète et définitive de la religion catholique. La Révolution a déjà confisqué tous les biens du clergé, aboli la dîme, établit la constitution civile du clergé et ordonné le bannissement de tout ecclésiastique soupçonné de sympathies pour la royauté. Mais il reste encore des curés dans les paroisses et des moines dans les abbayes qui n’ont pas voulu quitter leurs ouailles. Sur dénonciation rétribuée, il les fait arrêter dans les départements. Ceux du nord du pays se retrouvent déportés dans diverses prisons de Rochefort. Ne sachant que faire de ces 829 prisonniers, les révolutionnaires les enferment dans les entreponts de divers anciens navires négriers envasés ou incapables de prendre la mer. Pendant un an, ces malheureux vont subir des conditions de détention atroces. Ils seront entassés au-delà du raisonnable dans une chaleur, dans un froid de glace et une puanteur effroyable, enfumés chaque matin aux vapeurs de goudron et interdits de prière. Ils ne disposent que d’une nourriture avariée et infecte et sont soumis aux vols, aux moqueries et aux brutalités des matelots. Une épidémie de typhus se déclare bientôt. Au total, 480 moururent de maladie et de mauvais traitements en moins d’un an.
Cet ouvrage historique est basé sur un grand nombre de témoignages et de documents officiels ayant servis à la béatification de 64 de ces malheureux. Celle-ci fut finalement prononcée en 1994 par le pape Jean-Paul II. Cet épisode particulièrement cruel des persécutions religieuses de la Révolution Française est moins connu que les noyades de Carrier à Nantes, que le supplice des religieuses de Compiègne ou que le génocide des Vendéens. Il mérite cependant de ne pas être oublié. Il montre jusqu’où peut aller la cruauté des hommes quand ils sont égarés par une idéologie fanatique. Le lecteur remarquera que prêtres jureurs et réfractaires (et même mariés) se retrouvèrent à égalité sur ces pontons, les accommodements n’ayant servi de rien. Après Thermidor, le vent ayant tourné, les tortionnaires eurent même la vergogne de demander des certificats de bonne conduite à leurs victimes qui, par charité chrétienne, les leur accordèrent ! Un livre important, bien documenté, qui ne peut qu’intéresser le passionné d’Histoire qui veut se faire une opinion sur cette période troublée.