La mort héroïque chez les Grecs
de Jean-Pierre Vernant

critiqué par Sido, le 16 mai 2004
(Grenoble - 69 ans)


La note:  étoiles
La belle mort
Ce petit livre de 41 pages, édité à la suite d’une conférence donnée à Nantes par J.P Vernant, sur la mort héroïque chez les grecs, est un complément enrichissant de la lecture de l’Iliade, si on veut mieux comprendre le kalos thanatos (la belle mort) de l’homme grec.
En prenant l’exemple d’Achille, l’idéal de l’homme héroïque et de la mort héroïque, J.P Vernant nous explique pourquoi, au XIe siècle avant JC, il n’y a pas pour l’homme grec de belle mort s’il n’y a pas de vie brève. Un choix se présentait à lui, ou bien une vie paisible, longue, au sein de sa famille, et la mort au bout du chemin, puis l’Hades et l’oubli, ou bien la vie brève et la belle mort en engageant sa propre vie au combat pour devenir le héros guerrier que les aèdes immortaliseront dans leurs chants.
« La mort héroïque procure, non seulement un honneur incomparable mais réalise le paradoxe d’une créature humaine mortelle, vouée au cycle – le passage par des stades jusqu’à la mort lamentable – qui caractérise l’homme et qui l’oppose aux dieux. Achille y échappe. Dans ce monde grec il n’y a pas cette idée, propre à notre civilisation judéo-chrétienne, qu’en chacun de nous il y a une partie qui est nous-mêmes, l’âme, l’esprit immortel, individualisé et même plus qu’individualisé car finalement il y aura même la résurrection de la chair, nos corps reviendront, et donc nous sommes voués à une immortalité bien heureuse. Pour les Grecs, cela n’existe pas. Pour eux, nous sommes un corps, l’âme se compose de souffles inconsistants et quand on meurt, on passe dans l’Hadès, on est plus rien. »