La neige noire de Paul Lynch

La neige noire de Paul Lynch
(The black snow)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Myrco, le 11 décembre 2017 (village de l'Orne, Inscrite le 11 juin 2011, 68 ans)
La note : 10 étoiles
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"Les temps du malheur"

Comme le laissait présager le titre, "La neige noire" est une œuvre sombre et désenchantée que nous livre l'irlandais Paul Lynch dans ce second roman, un drame rural intense à l'enchaînement inexorable sublimé par une écriture absolument magnifique.

Nous sommes en 1945 (?) dans le Donegal aux confins nord de l'Irlande dans la partie sans doute la plus sauvage de celle-ci, battue par les vents et la pluie, une Irlande un peu mythique et déshéritée avec ses tourbières, ses pubs, ses habitants frustes à l'image de cette nature rude, un univers un peu figé dans le passé, à l'écart du monde, où ne parviennent que les échos distants de la guerre en Europe.
C'est là qu'environ treize ans plus tôt, après un exil forcé enfant, Barnabas avait choisi de revenir avec son épouse Eskra, américaine de première génération mais de sang irlandais, et son petit garçon Billy alors bébé. Répondant à l'appel de ses racines, il avait choisi de laisser derrière lui ses années de jeunesse intrépide où, bravant tous les dangers sur les poutrelles d'acier des gratte-ciel de New-York alors en pleine course vers la modernité, il avait conquis l'amour d'Eskra. Pour elle, l'étrangère, l'adaptation s'était avérée difficile dans ce pays peu accueillant. Mais ils avaient acquis leur ferme et, avec courage construit leur nid...jusqu'au jour où l'incendie inexpliqué de leur étable anéantissant leur troupeau et coûtant la vie à leur employé (scène hallucinante dans laquelle l'auteur nous propulse d'entrée) va faire basculer leur destin.

Dès lors, Lynch tisse avec maestria un écheveau complexe d'éléments, factuels et psychologiques, qui vont se conjuguer les uns aux autres pour happer ce foyer dans une spirale destructrice implacable que ne pourront endiguer quelques éclairs d'espoir.
Le drame va générer des réactions hostiles ou malveillantes de la part de certains prompts à culpabiliser et ostraciser celui que l'on considère comme un "faux-pays", révéler des sentiments malsains d'envie, de jalousie voire de jouissance devant le malheur des autres au sein de cette communauté repliée sur elle-même et arc-boutée sur ses intérêts propres ou ses conceptions archaïques. Mais plus encore, fragilisés par ce climat de plus en plus oppressant, ébranlés par de nouveaux obstacles, incidents ou évènements dramatiques, rongés par la question de l'origine supposée criminelle de l'incendie, chacun, qu'il s'agisse de Barnabas, d'Eskra ou de Billy, va réagir à sa façon, s'isoler dans ses propres obsessions et devenir l'acteur à part entière de sa propre descente aux enfers.

Indépendamment de l'histoire, prenante, éprouvante, c'est la beauté de l'écriture, indéniable, à la fois âpre (beaucoup de phrases nominales) et lyrique, d'une incroyable puissance évocatrice, qui force ici l'admiration: une prose tantôt poétique, tantôt réaliste, dans laquelle se fondent des dialogues particulièrement justes. J'ai rarement rencontré une capacité aussi éblouissante à restituer une perception par ailleurs extrêmement fine, affûtée, des atmosphères, des éléments de la nature...

Un moment de lecture enchanteur malgré la noirceur du tableau.
A conseiller à ceux qui sont particulièrement sensibles à la beauté de l'écriture.
A éviter par ceux que peut lasser une prose très descriptive.

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