L'Art de perdre de Alice Zeniter

L'Art de perdre de Alice Zeniter

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par DE GOUGE, le 17 novembre 2017 (Nantes, Inscrite le 30 septembre 2011, 61 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (18 427ème position).
Visites : 467 

L'art de réussir !

C'est un bijou que ce livre qu'on m'a offert :
L'histoire d'une jeune femme, autonome,intellectuelle, moderne, traversée par la recherche de son propre équilibre comme tout un chacun(e), mais qui, même si ça lui est indifférent, est confrontée à sa propre histoire familiale : elle est petite-fille de Harki !
Quelle empreinte en a-t-elle gardée ? A priori, aucune. Elle a peu connu son grand-père, les échanges avec sa grand-mère sont limités : à part chaleur et tendresse, pâtisseries... la barrière de la langue est un obstacle majeur. Son père, plus français que nature, refuse de partager avec quiconque son parcours de vie.
Alors, le passé est secondaire.
Et pourtant, il y a quelque chose d'enfoui.
Le travail de Naïma- elle exerce dans une galerie d'art- va paradoxalement être le vecteur (contraint) de la recherche qu'elle va effectuer à propos de ce que vécurent les siens, sur ses origines si étonnamment opaques.
Et c'est la traversée de l'histoire familiale qui se déroule, par paliers successifs, sans pathos, sans bons ni méchants, avec une justesse de ton et un recul extraordinaires.
Naïma va rencontrer l'Algérie- plus précisément la Kabylie, élément non anodin - et les lieux où vécurent ceux qui la firent naître, reconstituer les étapes qui ont construit les réalités des siens.
Elle saura : ce ne sera pas révolutionnaire et elle n'y trouvera pas un apaisement de ses démons ! Sa vie restera compliquée comme celle de nous tous, mais au moins elle saura (elle ne nous emporte pas dans un monde Freudo-existentialiste où tout s'éclaire au nom de la découverte d'hier)
Y retournera-t-elle ? Ça n'a pas d'importance. Mais elle connait désormais ses assises et pose un regard ému et portant distancié sur un pan d'Histoire et de son histoire propre.
L'écriture est superbe : parfois hachée, parfois coulante, toujours juste !
La construction a la dose de recul et d'émotion, surtout le recul, de celle qui ne veut pas se "faire avoir" par l'émotion... Et moi, j'ai adhéré !
Un grand livre qui aurait vraiment mérité le Goncourt.
Si vous m'en croyez, lisez-le !

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Ali, Hamid et Naïma, trois générations qui essayent de comprendre

7 étoiles

Critique de Pacmann (Tamise, Inscrit le 2 février 2012, 52 ans) - 27 décembre 2017

Cette chronique familiale qui gravite autours d'une famille de harkis possédait tous les ingrédients pour faire un livre candidat à une récompense ou à un prix littéraire.

Celui du Goncourt des lycéens est sans doute le prix qui s’adapte le mieux à ce roman historique mais qui ne se détache pas encore assez de ce large épisode de l’histoire de France encore trop récent pour qu’on puisse en faire une analyse rationnelle expurgée des émotions et des culpabilités.

La situation est encore trop peu stable dans le monde arabe et en particulier vu contexte algérien. Aussi, beaucoup de forces politiques hexagonales sont encore trop présentes pour aider à fermer la page et à classer ce dossier qui fait encore des victimes identitaires.

Alice Zeniter rend par son style la vie des personnages plaisante à lire même si la fin du bouquin m’est apparue plus décousue.

Je recommande donc ce bon livre mais qui soufre tout de même de la comparaison avec d’autres ouvrages et auteurs qui ont écrit sur l’Algérie ; je ne cite que Jenni, Camus, Khadra ou encore Sansal qui m’ont davantage séduit que cette œuvre qui hésite entre la pédagogie et la créativité.

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