Faute de preuves de Serge Prioul, Marie-Christine Thomas Herbiet (Dessin)

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Théâtre et Poésie => Poésie

Critiqué par Débézed, le 16 novembre 2017 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 71 ans)
La note : 7 étoiles
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Taillé dans le granit

« Un jour arrive
Où tu écris
Par curiosité
Juste pour savoir
Où va te porter l’écriture… »

D’après l’éditeur, il en aura fallu du temps avant que Serge Prioul « arrive » à l’écriture. « Il fallait rompre avec ce mal du dedans qui se propageait tout autour » raconte le préfacier, Jacques Josse, lui qui a écrit le naufrage d’un vieux marin « Cloué au port ». Il les connait Jacques ces vieux qui viennent chercher un peu de compagnie au fond des rades de la rade, des cafés des petites villes de campagne ou, comme Serge Prioul, des bars de Rennes.

« On entre au Café de Paris
Comme on ouvre un livre ancien… »

C’est peut-être ce Café de Paris que Marie-Christine Thomas-Herbiet a représenté sur la couverture de ce recueil. Ce café de Rennes où les filles sont belles, la pharmacienne d’en face aussi, et surtout elles ont de belles jambes qui retiennent tant l’attention de l’auteur.

« Sont belles
Les jambes en nombre pair
Comme des anges les ailes… »

Fils et petit-fils de tailleurs de pierre, Serge a lui choisi de tailler des belles phrases, des vers souvent très courts pour dire des choses de la vie, de sa vie, de sa vie d’avant quand l’angoisse montait déjà le dimanche soir en pensant au lundi matin. La pierre aura été son livre et le burin son crayon.

« Tu lis peu
Trop de fatigue
Quelques poèmes auront été toutes tes études
Et puis des pierres
Des pierres… »

Ainsi Serge aura été à l’école de la matière, celle qu’on façonne à la sueur de son front et à l’huile de ses coudes. Le concret aura été son univers, la campagne son refuge.

« Tu sais voir
Ce campagnard en toi
Ce coureur des bois
De l’animal suivre la trace… »

C’est à cette école de la simplicité, de l’humilité, du travail soigné, qu’il apprendra à façonner des textes carrés, construits avec des mots choisis comme les pierres de la muraille d’une citadelle inexpugnable. Sans fanfaronnade aucune, sans plus de prétention, en toute simplicité, Serge Prioul offre ce recueil :

« Le livre est timide
La couverture simple
Et lisse… »

Et le texte contient déjà ce que l’auteur lui-même annonce dans deux vers qu’on espère prémonitoires :

« Quelqu’un t’a dit dans les petits trucs qu’on écrit
Souvent ils sont là les beaux textes à venir. »

J’en suis convaincu !

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